Cinéma - Un fascinant labyrinthe

Sandrine Kiberlain et Jean Dujardin dans Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia<br />
Photo: Source Métropole Films Sandrine Kiberlain et Jean Dujardin dans Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia

Un balcon sur la mer apparaît comme le film le plus personnel de Nicole Garcia (derrière Place Vendôme, Le Fils préféré, etc.). Cette pied-noir née à Oran (berceau de Camus) interprète en fiction un climat de nostalgie tout en demi-teintes. Ses blessures venues de l'Algérie, en une petite musique de mélancolie et d'énigmes collée à une intériorité profonde, ont des accents très émouvants. Le plus personnel de ses films est également son plus réussi depuis Place Vendôme, qui comportait également une énigme à la clé.

Ce thriller romantique s'offre des accents hitchcockiens de vertige sur un scénario aux fils habilement entrelacés, quoique parfois alambiqués. Passé, désir, trahison se répondent avec des flash-back bien dosés qui nourrissent l'action comme autant de hantises. La mauvaise conscience de la France coloniale surgit en arrière-plan, mémoire qui flanche mais sans s'appuyer.

Un agent immobilier (Jean Dujardin, émouvant de virilité chancelante), bon père et bon mari sur sa Côte d'Azur, voit sa vie bouleversée par une femme énigmatique qui projette d'acheter une riche demeure. Le passé dans une Algérie ravagée par la guerre ainsi qu'un amour de jeunesse remontent à la surface, mirage ou réalité qui hantent le héros, et le mènent à pousser une enquête.

Nicole Garcia, malgré quelques ratés à sa filmographie, comme Selon Charlie ou L'Adversaire, sait souvent capter la fragilité masculine mieux que quiconque; celle de Dujardin crève ici l'écran.

Notre compatriote Marie-Josée Croze excelle à jouer les femmes mystérieuses, à double visage, séductrices pétries de zones d'ombre. Elle l'avait déjà prouvé à travers des films comme Munich de Spielberg, Ne le dis à personne de Guillaume Canet ou Je l'aimais de Zabou Breitman. Dans Un balcon sur la mer, failles et mensonges surgissent peu à peu sous le masque de la femme fatale trop blonde. Ces deux êtres se retrouvent enchaînés à leur pays disparu, tandis que la ville de Nice, hors de sa carte postale, révèle ses corruptions et ses mystères. À souligner: l'éternelle finesse de Sandrine Kiberlain, en femme trompée mais à la dignité indomptable, quoique sous-utilisée comme actrice à un point qui désole.

La caméra de clairs-obscurs, la musique lancinante et un montage très fluide aident les sentiments, les rancunes, les réminiscences à glisser sur une trame complexe dont on égare et retrouve le fil d'Ariane dans ce fascinant labyrinthe entre amnésie et lumière finalement captée.