Cours, Johann, cours

Andreas Lust et Franziska Weisz dans The Robber<br />
Photo: Source Cinéma du Parc Andreas Lust et Franziska Weisz dans The Robber

Les cambrioleurs de tout acabit font depuis longtemps de bons personnages de cinéma. Jean-Paul Belmondo dans Le Voleur, de Louis Malle, Jean-Louis Trintignant dans Le Voyou, de Claude Lelouch, James Caan dans Thief, de Michael Mann: la liste de malfaiteurs devenus antihéros fascinants au grand écran est longue. L'adrénaline inhérente aux risques courus, les moyens déployés pour ne pas être pris, et bien sûr le crime lui-même, constituent autant de potentialités cinématographiques attrayantes pour qui sait en tirer parti. Ce genre d'existence vécue sur la brè-che est en lui-même inducteur de suspense.

À la différence de celles mentionnées à l'instant, la vie de Johann Rettenberger n'appartient pas au domaine de la fiction. Basé sur un ouvrage factuel inspiré d'un fait divers autrichien, The Robber conte l'histoire vraie et discrètement spectaculaire d'un marathonien d'exception qui se trouve également être un braqueur invétéré. Ou est-ce le contraire?

À l'instar du personnage d'Alain Delon dans Le Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville, Johann reprend ses activités criminelles sitôt sorti de prison, où il vient de purger une peine de six ans pour vol. Dans un prologue pénitencier sobre et, a posteriori, révélateur, on voit ce trentenaire rouquin courir en rond dans la cour de la prison jusqu'à la dernière minute, passé l'appel du gardien, puis on le voit reprendre son entraînement sur un tapis roulant dans sa cellule, tout de suite après, sans qu'il ait pipé mot. Ce gars-là ne vit que pour courir. Et voler, comme on s'en rendra vite compte.

À ce chapitre, les scènes de hold-up sont mises en scène sans flafla apparent, quoique cette invisibilité de la technique témoigne de son efficacité. Rapides et empreintes d'urgence, lesdites scènes se déroulent de manière organique et fluide, et dégagent une forte impression d'authenticité. Fait intéressant, Johann n'est jamais montré en train de dépenser l'argent. Il cache les liasses de billets dans un sac-poubelle, les accumule... Pourquoi? Qui sait? Lui-même paraît l'ignorer. Il court et il vole comme d'autres se nourrissent et respirent.

Le cinéaste allemand Benjamin Heisenberg, dans une approche audacieuse à l'heure du «tout expliquer», refuse de fournir quelque explication ou justification quant aux motifs de Johann. Pas de lointain traumatisme évoqué dans le dialogue, pas de névrose servie sur un plateau. À distance, Heisenberg observe et laisse parler l'action, son protagoniste se définissant en fin de compte à travers celle-ci. Dans ce rôle très exigeant sur le plan physique, mais aussi psychologique, Andreas Lust (Revanche) est parfait.

À des lieues des prouesses tape-à-l'oeil d'un film «mode» comme Cours, Lola, cours, The Robber joue à l'inverse de subtilité. Deux séquences de poursuite à pied se révèlent cela dit extrêmement bien fichues: celle à travers la ville ainsi que l'avant-dernière, en forêt. Oeuvre à combustion lente qui n'annonce de prime abord rien d'extraordinaire, The Robber tient pourtant le spectateur dans le creux de sa main lorsque se pointe le générique de fin.

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Collaborateur du Devoir