La nature niée de l'animal

Nim est un chimpanzé élevé comme un humain et à qui on a appris le langage des signes.
Photo: Source Métropole films Nim est un chimpanzé élevé comme un humain et à qui on a appris le langage des signes.

N'est pas toujours civilisé celui qu'on pense. Le fascinant documentaire de James Marsh (derrière l'oscarisé Man on Wire), remontant le cours d'une expérience des années 70 menée par un psychologue de l'Université Columbia avec un chimpanzé élevé comme un humain et à qui on a appris le langage des signes, en dit plus long sur la cruauté et l'inconscience humaines que sur celles de l'animal en question. Vrai crève-coeur, que ce destin du primate assis entre deux mondes.

À travers des images d'archives, des interviews contemporaines, des reconstitutions, en un montage dynamique usant parfois d'écrans multiples, son aventure devient la résultante de décisions souvent prises au petit bonheur la chance.

À l'inévitable aspect comique de Nim, habillé, qui fume un joint avec sa première famille new-yorkaise, et les querelles féminines autour de sa «maternité», se greffe bientôt le malaise.

Une fois l'expérience abandonnée, faute d'être vraiment probante (120 mots en langage des signes, tout de même) et parce que Nim — que son entraînement révolte — a trop mordu, l'animal devient la proie tantôt d'un laboratoire testant les vaccins sur des chimpanzés, tantôt l'hôte esseulé d'un refuge où il s'ennuie ferme. Le Nim de fin de parcours vivra et mourra du moins en compagnie de quelques congénères. Ce film révèle beaucoup de choses sur les humains qui entourent le primate, chacun avec son éthique ou son absence d'éthique. Il révèle surtout la nature niée d'un animal. Oui, Nim en aurait vraiment long à dire sur l'humanité... s'il pouvait manier les concepts abstraits de la confiance et de la trahison.

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