Entrevue exclusive avec Ivan Grbovic pour le film Roméo Onze - Un cinéaste montréalais

Le réalisateur Ivan Grbovic et sa vedette Ali Ammar durant le tournage du film Roméo Onze.
Photo: Reprisefilms Le réalisateur Ivan Grbovic et sa vedette Ali Ammar durant le tournage du film Roméo Onze.

Roméo Onze, seul film québécois concourant pour l'obtention du Globe de cristal au Festival international du film de Karlovy Vary, est né du désir du cinéaste Ivan Grbovic d'explorer davantage la ville qu'il habite et aime, Montréal.

Le Devoir en République tchèque - Roméo Onze est le pseudonyme qu'utilise Rami, un jeune homme que l'âge adulte effleure à peine. Affligé d'une atrophie musculaire au niveau des jambes qui lui a valu une opération, Rami compose à présent davantage avec les conséquences psychologiques que physiques de sa condition.

Timide et renfermé, il trouve refuge devant son ordinateur, où il entretient une correspondance assidue avec la fille de ses rêves à qui il ment un peu, beaucoup... Éprouvant le sentiment de ne pas combler les attentes de son père restaurateur, Rami cherche, de dérives en tâtonnements, à s'émanciper.

Seul film québécois présenté en compétition officielle au Festival international du film de Karlovy Vary, Roméo Onze constitue le premier long métrage du jeune cinéaste Ivan Grbovic. Coécrit avec sa compagne et directrice photo, Sara Mishara, Roméo Onze propose, aux dires mêmes d'Ivan Grbovic, un récit d'apprentissage classique. Contexte et protagoniste le sont moins. Le couple devait présenter le film en première mondiale aux festivaliers, mais la venue au monde prématurée de leur premier enfant a contraint tout le monde à rester à Montréal. La mère et le poupon se portent bien, comme en témoignaient les gazouillements ravis entendus en arrière-plan au cours de l'entrevue téléphonique exclusive qu'Ivan Grbovic et, plus tard, Sara Mishara ont accordée au Devoir.

«Ça fait du bien de relaxer devant un café et de juste discuter au téléphone», lance d'entrée de jeu Ivan Grbovic. Alors, discutons! Le personnage étant tellement spécifique et nécessitant la participation d'un acteur au physique très précis, on se demande d'office qui, de Rami ou de son histoire, est venu en premier. «Rami était là dès le début. Je voulais écrire quelque chose qui fasse écho à mon propre parcours, tout en découvrant un milieu culturel qui m'était étranger, d'où cette famille libanaise. J'ai été très naïf durant tout le processus: je n'ai pas réfléchi aux difficultés inhérentes à ces choix-là. J'ai écrit un premier jet et l'ai montré à Sara. Ça lui a plu... en jetant les trois quarts», précise-t-il en riant. Dès lors, la collaboration s'enclencha et l'écriture à deux devint naturelle.

Un souci d'authenticité

Camper l'action dans la communauté libanaise de Montréal impliquait l'embauche de comédiens libanais: «Je suis d'origine serbe, et s'il est une chose que j'abhorre, c'est lorsque je vois un Marocain ou un Tchèque jouer le méchant Serbe de service dans un film américain. Bref, je tenais à ce que des acteurs libanais jouent les Libanais.» Or on se doute bien que le bottin de l'Union des artistes ne doit pas en regorger. Ainsi, Ivan Grbovic s'est-il tourné vers Joseph Bou Nassar, une grande star au Liban, pour jouer le paternel dur mais aimant.

Plusieurs rôles, dont celui de la soeur cadette de Rami, sont défendus avec justesse par des non-professionnels. C'est le cas d'Ali Ammar. Au cinéma, le naturel est chose rare, et il ne suffit pas de placer un quidam devant la caméra pour le capter. D'une intériorité bien modulée, le regard rivé au plancher, Ali Ammar émeut sans tricher. Il est la révélation du film.

Forcément, peu de jeunes hommes possédaient les caractéristiques physiques et ethniques de Rami. «Cinq candidats se sont présentés. Ali était le quatrième.» Lorsqu'Ivan Grbovic lui a ouvert, il a trouvé Ali de dos, déjà prêt à s'en aller. Très nerveux, le cégépien s'était bien préparé. «J'ai rapidement appelé Sara, se souvient le jeune réalisateur. Autant il est Rami, autant il est différent de lui. Ali est très calme, très posé. Il dégage une grande sérénité. Je l'adore. Je reparle de lui avec beaucoup d'affection.»

Travailler chez soi

Diplômé de l'Université Concordia et détenteur d'une maîtrise en direction photo de l'American Film Institute (AFI), Ivan Grbovic n'a jamais envisagé de travailler ailleurs qu'au Québec. «J'aime les films qui se font ici. J'aime Montréal. Vivre à Los Angeles me l'a confirmé.» Sara Mishara se joint momentanément à la conversation avec de fort jolis mots: «Il faut avoir vécu à l'étranger pour avoir envie de parler de chez soi.»

On laisse la petite famille à son nouveau-né, une petite fille, soit dit en passant. Gageons qu'on reparlera de leur autre bébé bientôt, puisqu'il est certain que Roméo Onze va concourir dans d'autres festivals.

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Collaborateur du Devoir

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François Lévesque était l'invité du Festival international du film de Karlovy Vary.

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