Cinéma - Faire rire pour survivre

Les deux comiques mal pris sont joués par Louis-José Houde et Benoît Brière.<br />
Photo: Alliance Les deux comiques mal pris sont joués par Louis-José Houde et Benoît Brière.

Roger Gendron habite avec son malcommode de père dans une charmante propriété champêtre sise au milieu d'un champ verdoyant. Que ce décor idyllique ne vous trompe pas: invectivé par son paternel, ridiculisé au casse-croûte où il travaille, Roger se repaie dans ses loisirs en séquestrant et tuant des touristes malchanceux.

C'est le sort qui attend Luc et Marco, deux humoristes de passage à l'Anse-au-Pic. Afin de dérider leur geôlier, et surtout de gagner du temps, les deux larrons entreprennent de lui inculquer les rudiments de leur métier. C'est Hansel et Gretel qui rencontrent le vieux «maususse» du Bas-du-Fleuve.

Avant d'aller plus loin, réglons la question qui doit en tarabuster plus d'un: la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault, Le Sens de l'humour, connaîtra-t-elle le même triomphe populaire que sa précédente De père en flic? À moins que le public québécois se soit soudain désamouraché du genre, on voit mal comment cette production colorée comme l'été pourrait se planter.

Car en la matière, force est de reconnaître l'expertise d'Émile Gaudreault, qui enchaîne les succès depuis Nuit de noces, son premier long métrage, Billet d'or l'année de sa sortie. Sans compter Louis 19, dont il avait précédemment signé le scénario. Tout ça sans jamais produire de suites, ne revenant qu'avec du nouveau matériel. La réussite comique de la plus récente offrande du cinéaste tient en bonne partie, comme dans De père en flic, à l'utilisation avisée de procédés humoristiques éprouvés. On retrouve donc le «duo mal assorti» en ces humoristes aux styles opposés et «le poisson hors de l'eau» chez ces citadins prisonniers en région. En ajoutant le tueur en série décidé à utiliser l'humour comme arme contre ses propres bourreaux, on se retrouve avec quelque chose qui commence à ressembler à de l'originalité. Et ça, on aime. En filigrane, les enseignements de Luc et Marco permettent l'intégration de passages où l'on apprend beaucoup sur l'art de la comédie et sur la paresse dont certains humoristes font preuve.

Michel Côté interprète Roger. En dépit des sordides agissements qu'on prête à ce dernier, impossible de ne pas éprouver pour lui, à l'instar d'une jolie collègue (Anne Dorval, trop rare au cinéma), tendresse et sympathie. Les deux comiques mal pris sont joués par Louis-José Houde et Benoît Brière. La chimie à trois opère à fond. Très dialogué, Le Sens de l'humour fournit amplement de répliques savoureuses aux vedettes, et la manière de les rendre se révèle souvent aussi drôle que les lignes elles-mêmes.

D'abord antipathique, teigneux, aigri avant l'âge et flanqué d'une soeur toxicomane hypersensible (Évelyne Gélinas, parfaite), le personnage de Luc permet à Louis-José Houde de prouver que son registre ne demande qu'à être élargi. Marco, père et époux aimant marié à une dépressive chronique (Sonia Vachon, hilarante), n'est à l'inverse que candeur et bonté... jusqu'à ce qu'il se rebiffe. Benoît Brière maintient un bel équilibre entre bonhomie et vulnérabilité.

Le Sens de l'humour est éminemment drôle et chaleureux. Et étonnamment peu macabre, ses décors judicieusement factices aidant. Le rythme de cette grosse production estivale, habilement écrite et conçue, ne faillit jamais. Le dénouement en forme de pirouette, nécessaire sans doute, passe moins bien. Ça sent un peu le cul-de-sac narratif. La dernière scène sauve la mise, cela dit. Le plus étrange, c'est que la perspective du meurtre des deux attachants zozos crée un suspense réel, bien que sa matérialisation demeure inenvisageable. Logiquement, la tension ne devrait donc pas être au rendez-vous. Et pourtant, elle y est. Les rires aussi, il va sans dire.

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Collaborateur du Devoir

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