46e Festival international du film de Karlovy Vary - Le cinéma québécois séduit la République tchèque

Le réalisateur Denis Villeneuve est honoré d’une rétrospective de son œuvre cette année au Festival de Karlovy Vary. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Michal Cizek Le réalisateur Denis Villeneuve est honoré d’une rétrospective de son œuvre cette année au Festival de Karlovy Vary.

Avec une rétrospective consacrée à Denis Villeneuve et la sélection de Roméo onze et de Laurentie, la présence québécoise est très affirmée cette année à Karlovy Vary.

Karlovy Vary, en République tchèque, accueille depuis 1968 un festival international de cinéma fort apprécié, notamment par un public renouvelé de jeunes cinéphiles. Ville thermale lotie au creux d'une dépression rocheuse et ceinte d'une nature luxuriante, Karlovy Vary séduit l'oeil où qu'il se pose avec son architecture néo-classique jalousement préservée. On longe la rivière Teplá, on passe devant la Colonnade des Vergers et, plus loin, celle des Moulins; la cristallerie Moser a pignon sur rue tout près. C'est dans ce contexte enchanteur que se retrouvent cette année conviés quatre cinéastes québécois: Ivan Grbovic, Mathieu Denis et Simon Lavoie, ainsi que Denis Villeneuve que l'on honore d'une rétrospective.

Un petit déjeuner intime organisé par Téléfilm Canada samedi matin a d'ailleurs permis aux journalistes québécois invités de discuter de manière détendue avec le réalisateur d'Incendies qui se déclarait curieux de revoir Un 32 août sur terre sur grand écran. Alors qu'il s'apprête à entamer un nouveau chapitre dans sa carrière avec Prisoners, une grosse production américaine, le moment apparaît idéal pour revenir sur le chemin parcouru.

D'autant que les occasions pour méditer de la sorte risquent de se faire rares. En effet, outre la mise en scène de Prisoners, Denis Villeneuve vient de se voir offrir par l'auteur Russell Banks (The Sweet Hereafter, Affliction) un scénario tiré de son roman American Darling, une sombre chronique sur le terrorisme. Martin Scorsese produit le film qui en est au stade du financement. Le cinéaste adulé, qui souhaitait ardemment l'implication de Denis Villeneuve, lui a même écrit afin de lui dire combien il avait aimé Incendies. «De penser que Martin Scorsese s'est assis devant mon film m'émeut beaucoup», a assuré le principal intéressé en se pinçant presque.

Une relève bien entourée

La plupart des gros morceaux de Cannes (Pedro Almodovar, Nanni Moretti, Mika Kaurismäki, les frères Dardenne, Kim Ki-duk, entre autres) figurent dans un programme hétéroclite comptant environ 175 titres. Vendredi lors de la soirée d'ouverture, l'actrice britannique Judi Dench s'est adressée à un public ravi après qu'on lui eut remis un prix pour l'ensemble de sa carrière. Jane Eyre, film duquel elle est à l'affiche, ouvrait les festivités. Pour l'anecdote, celle qui tient dorénavant le rôle de M dans la série James Bond connaissait déjà les lieux puisqu'une partie de Casino Royale fut tournée à Karlovy Vary. Hommage sera également rendu par l'entremise d'un volet spécial consacré au défunt réalisateur américain Samuel Fuller (The Naked Kiss, Underworld U.S.A.), dont l'oeuvre méconnue a fasciné nombre de cinéastes.

Douze films concourent pour l'obtention du Globe de cristal. Le film québécois Roméo onze est du nombre. On a très hâte de voir jeudi ce premier long métrage d'Ivan Grbovic qui relate le difficile affranchissement d'un jeune homme en butte au rejet familial et social. Ivan Grbovic sera sur place pour discuter avec les festivaliers.

Mathieu Denis et Simon Lavoie sont pour leur part venus présenter dimanche le drame Laurentie, retenu dans la sélection officielle. Les coréalisateurs ont collaboré en 2008 sur Le Déserteur, que le second a réalisé et que le premier a monté. Portrait impressionniste, Laurentie relate la désintégration mentale d'un jeune homme en mal de tout, surtout de lui-même. La première projection hier affichait déjà complet la veille.

Le Festival international du film de Karlovy Vary est en effet assidûment fréquenté, particulièrement par les jeunes. Cette tradition remonte, paraît-il, aux jours gris du communisme où l'événement constituait pour les étudiants l'une des seules fenêtres légales sur le cinéma étranger. À quelques minutes à pieds de l'Hôtel Thermal où se déroule la majeure partie des activités, deux terrains de football sont chaque année convertis en aires de camping pour ces derniers, avec location de tentes quatre places pour quelques couronnes. Il est possible qu'après un temps l'on hume des arômes un peu bruts, a-t-on pris soin de nous prévenir. Ce n'est pas grave, la beauté de l'endroit incite à la promenade. Le Festival international du film de Karlovy Vary se poursuit jusqu'au 9 juillet.

***

Collaborateur du Devoir

***

François Lévesque était l'invité du Festival international du film de Karlovy Vary.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.