Cinéma - Aussi drôles en personne

Le réalisateur du Sens de l’humour, Émile Gaudreault, en compagnie des comédiens Louis-José Houde, Benoît Brière et Michel Côté.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le réalisateur du Sens de l’humour, Émile Gaudreault, en compagnie des comédiens Louis-José Houde, Benoît Brière et Michel Côté.

Entrevue avec le réalisateur du Sens de l'humour, Émile GaudreaultAprès le triomphe aux guichets du film De père en flic, le réalisateur Émile Gaudreault refait équipe avec Michel Côté et Louis-José Houde pour Le Sens de l'humour, une comédie qui met également en vedette Benoît Brière.

Roger Gendron, un cuisinier timide souffrant la violence verbale de son père et les moqueries d'un collègue, se venge dans ses temps libres en séquestrant des touristes de passage qu'il tue ensuite. Non, il ne s'agit pas du résumé d'un film d'horreur, mais plutôt de la nouvelle comédie d'Émile Gaudreault (Mambo italiano). Les deux dernières victimes de Roger (Michel Côté) sont d'ailleurs des humoristes (Benoît Brière et Louis-José Houde) qui, pour gagner du temps, tenteront d'enseigner à leur geôlier les rudiments de leur métier. Telle est la prémisse du film Le Sens de l'humour, qualité dont ces messieurs ne manquent nullement en entrevue!

Humour noir... coloré

Le Sens de l'humour part d'un concept somme toute audacieux. Malgré le succès actuel d'une série télé comme Dexter, rendre sympathique et drôle un tueur en série comporte des risques. «Je tenais à garder un ton léger, explique le réalisateur et coscénariste Émile Gaudreault. Je ne voulais aucun élément glauque à l'image ou à la bande-son. Au contraire, j'ai essayé de créer un univers un peu faux, avec des couleurs très vives. Même les instruments de torture sont comiques.»

Poussant au maximum son désir de distanciation, le cinéaste a fait construire la maison et la grange de Roger dans un champ soigneusement sélectionné. Un grand pommier fut même planté là à dessein afin d'obtenir l'aspect carte postale recherché.

Après un succès de l'amplitude de De père en flic, angoisse-t-on à l'idée de ne pas répéter les mêmes chiffres? «Je n'y pense pas», déclare avec conviction Émile Gaudreault. Pour le compte, cette proposition-ci ne constitue pas une redite en dépit de la présence de Michel Côté et de Louis-José Houde au générique.

Plus que jamais, Émile Gaudreault recourt aux running gags, ou gags récurrents, afin de maintenir un niveau élevé de rires. Le film en est tapissé. «Ça relève de l'instinct, de dire le cinéaste en avouant n'y avoir pas songé. Ça s'impose au moment de l'écriture. Une idée revient et sa répétition la rend plus drôle... C'est organique, ça ne se fabrique pas. Si on force le running gag, le spectateur sent la mécanique derrière.»

Un trio, avec ça?

Pendant que Benoît Brière s'essaie à une réponse réfléchie, Michel Côté tente de le déconcentrer en tâtant différentes parties de son anatomie tandis qu'à côté, Louis-José Houde écoute et observe, l'oeil amusé. Bref, les trois interprètes manifestent de visu la même complicité qu'à l'écran.

D'ailleurs, ses partenaires et son metteur en scène ayant travaillé ensemble auparavant, Benoît Brière s'est-il inquiété? «Pas du tout. Surtout que cette fois le duo est formé par Louis-José et moi. Nous faisons tous les deux face à Michel. La dynamique est différente. En lisant le scénario, j'ai adoré l'idée de départ et la manière dont Émile l'a enrichie. Dans le fond, il est agace-pissette, Émile! Il te présente une chose et en cache une autre. C'est comme pour De père en flic: la prémisse du père et du fils policiers était déjà riche, mais non, c'était pas assez! Il ajoute par-dessus ça une thérapie en forêt!»

Michel Côté éclate de rire sur ces entrefaites, prédisant que les propos imagés de son collègue seront exclus ou placés entre guillemets. On parie? Une fois un sérieux relatif revenu, la vedette de Cruising Bar abonde en ce sens. Au sujet de De père en flic: «Émile aurait pu répéter la recette ou faire une suite, mais il a choisi d'aller ailleurs. C'est courageux. Il y a en plus un aspect éducatif au film parce que les personnages décortiquent les jokes; ils expliquent comment ça fonctionne. Et en même temps, le sens de l'humour, c'est inné: tu l'as ou tu l'as pas. Roger développe le sien, mais je crois qu'il était latent.»

Louis-José Houde n'en pense pas moins. Et que ceux qui seraient tentés de croire que le fait de jouer un humoriste l'a incité à miser sur ses acquis se détrompent: «Pour la première fois, j'ai eu recours à l'aide d'un coach de jeu», révèle-t-il. C'est en l'occurrence la comédienne Johanne-Marie Tremblay qui l'a aidé à élargir son registre. Sans remettre en cause l'initiative de son partenaire, Brière croit que Louis-José Houde dispose d'un talent naturel. Aux spectateurs d'en juger dès mercredi.

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Collaborateur du Devoir