Ruelle du crépuscule

Hollywood, la Mecque de tous les rêves, dépotoir de toutes les désillusions. Cela fait tout près de vingt ans que Jana y habite. Jadis second rôle dans une série de films d'amazones de série Z, la plantureuse comédienne n'a, à la veille de son quarantième anniversaire, encore jamais atteint ne serait-ce que la série B. Mais elle persiste, à grand renfort de gaine, de rallonges capillaires et d'un positivisme suspect. Jana est toujours sur le point de signer un contrat; toujours en rendez-vous avec son agent. Ses espoirs tiennent aux petits mensonges qu'elle raconte et, surtout, au voile de déni dans lequel elle se drape. Amazon Falls, le titre est éloquent, relate sa chute.

L'une des forces de cette très modeste production tient au fait que les interprètes ont la tête de l'emploi, qu'il s'agisse du réalisateur tâcheron ou du producteur vicelard. Dans le rôle de Jana, dont on espère vivement qu'il lui en apportera d'autres, April Telek donne tout. Dans celui de sa meilleure amie Li, une suivante remplissant la fonction de public admiratif pour Jana, Anne Mae Routledge est également très crédible. Leur relation flirte un moment avec celle qu'entretinrent jadis Margo Channing et Eve Harrington dans le classique de Joseph L. Mankiewicz avant que la cinéaste canadienne Katryn Bowen prenne ses distances en inversant les pôles.

Titre aidant donc, on devine rapidement où Amazon Falls compte nous entraîner. Devant la situation de Jana, quiconque a deux cents de psychologie connaît du reste la seule issue possible. Refusant d'admettre qu'elle s'enfonce, Jana va de déconvenues en humiliations alors que son équilibre mental vacille, sirène fatiguée qu'un requin a déjà prise en chasse.

Le montage répétitif et de plus en plus frénétique de son cérémonial de préparation ajoute à l'impression croissante de psychose latente.

Vêtue de sa robe de Marilyn tristounette, Jana annonce qu'elle est prête à un producteur qui l'a connue «en début de carrière». L'oeil hagard, la citation de Norma Desmond flottant encore sur ses lèvres trop rouges, Jana quitte l'univers de Sunset Boulevard et entame la dernière étape de son voyage. La teneur de celle-ci est tue, mais qui a vu L'important c'est d'aimer ne sait que trop de quoi il retourne.

Katryn Bowen ne transcende pas complètement ses influences, mais elle parvient à filmer le pathétisme sans verser dans le grotesque. Ténu, fragile comme sa protagoniste, Amazon Falls s'avère un beau portrait d'actrice. Un beau portrait de femme.

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Collaborateur du Devoir

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