Quand papa fait son cinéma

Julia Roberts et Tom Hanks dans Larry Crowne<br />
Photo: Alliance Julia Roberts et Tom Hanks dans Larry Crowne

Depuis le succès inespéré, inattendu et inégalé de My Big Fat Greek Wedding, la scénariste et comédienne Nia Vardalos vogue d'échec en échec, de Connie and Carla à My Life in Ruins, et ainsi de suite. Affirmer qu'elle remet maintenant son sort entre les mains de Tom Hanks n'a rien d'exagéré. Surtout que la coscénariste de Larry Crowne en est réduite à être la voix d'un GPS, dans cette comédie romantique: il n'y a pas si longtemps, elle aurait été aux côtés de la star de Forrest Gump. Elle doit maintenant céder sa place à Julia Roberts: «Times are tough», comme on le répète dans ce film...

En effet, les aléas économiques finissent par rattraper les scénaristes hollywoodiens, qui carburent encore et toujours à l'optimisme. Et l'optimisme s'incarne avec une candeur digne des années 1950 dans ce personnage interprété par Tom Hanks, ce Larry Crowne abonné au tableau d'honneur des employés modèles d'une grande surface clone de Wal-Mart. Lorsque son monde s'écroule à l'annonce de son congédiement, un voisin lui donne la bonne idée de retourner sur les bancs d'école, lui qui les a délaissés très tôt.

Dans un collège californien où les étudiants n'ont souvent de smart que leur téléphone, Larry Crowne débarque tel un extraterrestre, déterminé à s'engager sur les chemins de la connaissance et sur celui des boulots mieux rémunérés. La classe de Mercedes Tainot (Julia Roberts, avec un personnage au prénom qui favorise le pilotage automatique...) lui apprendra les rudiments de l'art oratoire, métaphore d'une confiance à reconquérir pour affronter une économie en lambeaux. C'est d'ailleurs dans un même état moral que patauge Mercedes, souvent cachée derrière ses chics lunettes fumées et qui verra bien longtemps après nous que son étudiant le plus appliqué a peut-être quelques leçons à lui donner.

Le succès de Tom Hanks, surtout en tant qu'acteur, repose moins sur son charme que sur l'idéal de modestie et d'assurance qu'il incarne; James Stewart serait d'ailleurs un sérieux rival si les deux hommes avaient fait carrière au même moment. Lorsqu'il se retrouve derrière la caméra, et la chose est flagrante dans Larry Crowne, un léger parfum nostalgique semble se répandre, de la trame musicale aux angles de caméra. Sans compter cet assemblage hétéroclite d'objets d'une autre époque (mobylette, disques en vinyle, etc.) qui semblent rassurer autant son personnage que le cinéaste.

À l'image de ce bric-à-brac, vite devenu «feng shui» grâce à une jolie camarade de classe, cette romance à numéros offre un assemblage de vieilles recettes, de vieilles situations vaguement cocasses, enrobé d'un vieux fond de conservatisme qui saura faire frétiller Sarah Palin et sa bande. Car il n'y aura qu'eux pour se pâmer devant ce petit héros aux comportements de puceau, qui aura l'avantage d'avoir une grosse bagnole, du moins un certain temps. Ce passéisme tapisse d'un bout à l'autre cette supposée comédie qui ne risque pas de nuire à la carrière de Tom Hanks, autant comme réalisateur qui devrait se cantonner à la télé que comme acteur qui compte peu de faux pas depuis 20 ans. Quant à celle de Nia Vardalos, les faits, cruels, parlent d'eux-mêmes.

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Collaborateur du Devoir

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