Cinéma - 2011, l'odyssée du monde

Brad Pitt et Hunter McCracken dans L’Arbre de la vie, de Terrence Malick
Photo: Source Fox searchlight Brad Pitt et Hunter McCracken dans L’Arbre de la vie, de Terrence Malick

Ce cinquième long métrage en quarante ans de carrière de l'Américain Terrence Malick (Days of Heaven, The Thin Red Line) nous mène droit à la frontière qui sépare le cinéma traditionnel du cinéma expérimental. Malick, en effet, tourne le dos aux conventions narratives pour épouser les circonvolutions de la pensée, du souvenir et du chagrin, à travers un récit elliptique et élégiaque, sorte de grand poème lyrique et pyrotechnique dont la construction évoque davantage la littérature (le nouveau roman au premier chef) que le cinéma.

Résolument campé dans le monde de l'enfance, dont le film épouse le point de vue jusque dans la position de la caméra, ce nouveau monument du 7e art, gagnant de la Palme d'or à Cannes, est une sorte d'odyssée du monde examinée à travers sa plus petite cellule observable: la famille nucléaire. «Il y a deux façons de traverser la vie. Celle de la nature et celle de la grâce. À toi de choisir laquelle tu veux suivre», prononce en voix hors champ la mère du héros (épatante Jessica Chastaing), autant dire la mère du monde.

Cette lumineuse présence arbitre un conflit latent puis ouvert opposant un père nature (Brad Pitt), apôtre narcissique de la loi du plus fort, et son fils Jack (Hunter McCracken), qu'il veut former à son image. Friction et résistance, mal-amour et orgueil, désobéissance et délivrance circulent dans les veinures et les branches de cet arbre de vie tiré par la terre et soulevé par un ciel magnifiquement filmé par le grand Emmanuel Lubezki (A Little Princess, Sleepy Hollow, Children of Men), qui avait déjà travaillé avec Malick sur son New World.

Nous sommes dans le Texas banlieusard des années 50. Le film s'ouvre sur une mauvaise nouvelle: un fils est mort à la guerre. Lequel? On l'apprendra plus tard, bien après que la nouvelle eut déclenché une spirale de souvenirs, qui nous font remonter, depuis le présent (Sean Penn tenant le rôle de Jack adulte) jusqu'à l'origine de la famille: la naissance de l'aîné, celle de son cadet, les jeux d'enfant cruels et l'anxiété croissant avec l'amertume du père, socialement complexé, et le silence de la mère, complice des enfants en l'absence de son mari, soumise en sa présence.

Ces tensions intérieures et duels psychologiques alimentent un feu existentiel que le cinéaste associe, de façon un peu pompière à première vue — mais sa vision est si résolue qu'elle finit par s'imposer —, aux origines du monde. Ainsi, Tree of Life est ponctué, comme des intermissions, par deux séquences métaphoriques illustrant la naissance de l'univers, de façon à montrer que l'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent de la même façon que le chaud et le froid.

Bien que son film soit ouvert à toutes sortes d'interprétations, Malick ne l'a pas conçu pour qu'il soit pensé ou décrypté, mais pour qu'il soit ressenti par le spectateur contemporain, sollicité par une proposition audacieuse dans laquelle les plus familiers reconnaîtront certains traits de Badlands, le film qui marquait sa naissance au cinéma. De là à penser que ce film-somme, sorte de journal intime retourné, annonce sa mort comme cinéaste, il n'y a qu'un pas.

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Collaborateur du Devoir

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2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 19 juin 2011 23 h 29

    Le cinéma de Terrence Malick

    me fait penser un peu au cinéma de Terence Davies, en particulier celui dans lequel il nous parle de son enfance.

  • pascale bourguignon - Inscrite 22 juin 2011 11 h 06

    Ah, la grâce !

    Réactionnaire, misogyne, kitch, ennuyeux, vide, faussement esthétisant mais publicitairement réussi.
    Comment se fait-il que l’on se prosterne devant cet amalgame catholico réactionnaire ?
    En quoi ce film pompeux et ridicule est-il incontournable ?
    Franchement c’est inquiétant ce glissement de la pensée vers un mysticisme illuminé.