La guerre, no sir !

Armadillo, du réalisateur danois Janus Metz Pedersen, a reçu en 2010 le Grand Prix à la Semaine de la critique à Cannes.<br />
Photo: Source Cinéma du Parc Armadillo, du réalisateur danois Janus Metz Pedersen, a reçu en 2010 le Grand Prix à la Semaine de la critique à Cannes.

Un armadillo est un tatou, caparaçonné, qui affronte la vie en armure. Tel est aussi le titre de ce documentaire de guerre-choc, tourné avec des cadrages et des images d'un professionnalisme digne des meilleures œuvres de fiction. Armadillo aurait pu n'être qu'un tour de force technologique en zone de danger — un camp militaire en Afghanistan —, mais il dévoile comment la guerre, la mort au bout du fusil, les désillusions transforment les hommes et les éloignent du milieu dont ils sont issus.

Le film rappelle indubitablement l'oscarisé The Hurt Locker de Kathryn Bigelow, pour la vérité d'un quotidien dans un univers où les codes sociaux sont cul par-dessus tête, mais le fait qu'il s'agisse de véritables soldats — les yeux qui roulent d'un jeune blessé ne s'imitent pas — rend évidemment la projection plus chargée de sens.

Ce film danois, à voir à tout prix, coiffé du Grand Prix en 2010 à la Semaine de la critique à Cannes, suit un groupe de jeunes soldats danois, dont des bleus qui affrontent leur première mission en Afghanistan.

En 2009, le cinéaste et son caméraman Lars Skree ont passé six mois à suivre ces jeunes gens dans une base militaire du sud du pays. Des soldats au départ naïfs, désireux d'aider les populations civiles. Or, au fil des combats meurtriers qui les opposent aux talibans, ils découvrent à quel point les villageois, pris en sandwich entre les belligérants, sont de pures victimes et de la chair à canon, qu'ils ne peuvent assister, mais dont ils tuent les enfants et le bétail en dommages collatéraux. La vie humaine devient un concept abstrait pour qui a mission de tuer. Une attaque à la grenade de cinq talibans, qu'ils achèveront au fusil avant de s'offrir quelques traits d'humour macabre, contraste avec la réaction des familles scandalisées à l'autre bout du fil et montre la déshumanisation de la fonction, tant la guerre devient ici une sorte de jeu virtuel presque amusant. Éloquente, aussi, la candeur outrée des civils restés au pays, qui croient à l'utopie d'une guerre propre et sentent que leurs petits gars deviennent tranquillement des monstres. Au retour, ceux-ci ne rêveront que de repartir au front.

Tout cela: tirs, blessures, spleen, rires, se voit servi par des images puissantes, un montage d'enfer et une musique magnifique et troublante, qui nimbe de mystère la folie des hommes.