Prendre des vessies pour des lanternes

Parmi tous les êtres qui peuplent les milliards de galaxies connues et inconnues, le gardien de l’univers le plus valeureux de tous se révélera être un humain, joué par Ryan Reynolds.
Photo: Warner Bros Pictures Parmi tous les êtres qui peuplent les milliards de galaxies connues et inconnues, le gardien de l’univers le plus valeureux de tous se révélera être un humain, joué par Ryan Reynolds.

Dans une galaxie lointaine, très lointaine... le reste est plus confus, Green Lantern s'ouvrant sur un prologue explicatif à peu près incompréhensible. On en saisit quand même l'essence, à savoir que des gardiens de l'univers en justaucorps verts veillent au grain pendant que quelque part, ne demandez pas où, sommeille une vile force du mal. Ou quelque chose comme ça. Et la vile force du mal de se réveiller; une mauvaise nouvelle pour l'univers, mais une bonne pour les quatre scénaristes qui, d'entrée de jeu, semblent avoir décidé de ne pas trop se préoccuper de questions telles «logique interne du récit», «suivi narratif» et autres «psychologie des personnages». Pour quoi faire, au demeurant? Les superhéros, ça vend, et celui-là n'avait pas encore eu son film! Et il y a la 3D en prime... Que demander de mieux?

Surtout que parmi tous les êtres qui peuplent les milliards de galaxies connues et inconnues, le gardien de l'univers le plus valeureux de tous se révélera être un humain. Non que le principal intéressé en ait la moindre idée au départ, lui, un pilote de chasse téméraire vivant dans l'ombre de son courageux papa mort-quand-il-était-petit. Air connu? Il l'est. Choisi pour succéder à un autre gardien, notre homme à présent tout de vert moulé devra combattre un savant fou avant de s'attaquer à l'entité susmentionnée, une sorte de flaque de vomi cosmique affublée d'un visage un peu ridicule. Entre les deux ennemis, une jeune femme à qui l'on a oublié d'écrire un rôle. Air connu? Il l'est, bis.

Devant la manière franchement nounoune dont le héros s'y prend pour détruire «la vile force du mal», un confrère avisé se demandait pourquoi diable l'un des zillions de gardiens aperçus n'y avait pas pensé avant. À cela, on pourrait objecter qu'une pléiade de producteurs et de cadres du studio Warner se sont penchés sur le salmigondis grotesque qui tient lieu de scénario et ont conclu que ce serait une excellente idée d'y engouffrer 150 millions de dollars, sans compter les dépenses publicitaires, et que par conséquent, mieux vaut parfois ne pas chercher à comprendre. «C'est un superhéros, qu'ils ont dû se dire. On va le sortir en 3D.»

Après la projection de Green Lantern, on se sent vide, peut-être parce qu'on vient de le contempler, justement. On se rappelle alors les sages paroles du personnage de Maggie Smith dans Gosford Park: «Ça ne va pas à tout le monde, le vert.» Après l'échec récent de The Green Hornet, Hollywood aurait dû en prendre bonne note.

***

Collaborateur du Devoir

***

- V.o.: AMC Forum, Carrefour Angrignon, Cavendish, Colisée Kirkland, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

- V.f.: Quartier latin, Carrefour Angrignon, StarCité, Langelier, Lacordaire, Marché Central.

À voir en vidéo