Deux films de la résistance iranienne seront présentés à Cannes

Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, photographié ici au Festival de San Sebastian en 2009, sera à Cannes avec un film réalisé sous le manteau, intitulé Au revoir. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Rafa Rivas Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, photographié ici au Festival de San Sebastian en 2009, sera à Cannes avec un film réalisé sous le manteau, intitulé Au revoir.

Décidément, le Festival de Cannes, qui avait l'an dernier défendu bec et ongles les cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof emprisonnés sous le soupçon de coréalisation d'un film jugé séditieux, sera encore cette année le champion de leur cause.

Rappelons qu'en décembre dernier, les deux cinéastes ont fait l'objet d'une condamnation de six ans de prison avec interdiction de tourner durant vingt ans et de quitter le pays, sentence portée en appel. Ils font pourtant oeuvre de résistance avec héroïsme, sans qu'on sache encore comment ils sont parvenus à tourner en cachette.

Deux films arrivés dernièrement par la petite porte (un DVD et une clé USB) et réalisés sous le manteau se sont glissés jusqu'aux mains du délégué général du festival Thierry Frémaux, qui les a retenus en Sélection officielle.

Bé Omid é Didar (Au revoir) de Mohammad Rasoulof sera présenté dans la section Un certain regard, le 13 mai prochain. Il s'agit d'une fiction, mettant en scène une jeune avocate de Téhéran (Leyla Zareh), qui cherche à obtenir un visa pour quitter le pays.

Le second, In Film Nist (Ceci n'est pas un film) de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb, fera l'objet d'une séance spéciale le 20 mai. Panahi, à travers une sorte de journal filmique, capte une journée de sa vie de créateur bâillonné. Avec le documentariste et ancien assistant-réalisateur Motjaba Mirtahmasb, il brosse également un profil de la situation du cinéma iranien.

À Cannes, en 2010, Jafar Panahi, alors emprisonné, n'avait pu participer au jury du festival, et sa chaise était demeurée ostensiblement vide. Toute la profession s'était mobilisée en sa faveur avec l'actrice Juliette Binoche en figure de proue. La grève de la faim qu'il avait entamée avait été annoncée durant la conférence de presse de son compatriote Abbas Kiarostami.

«Le fait d'être en vie et le rêve de garder le cinéma iranien intact nous encouragent à dépasser les restrictions actuelles qui nous sont faites», a déclaré Panahi dans un message à l'adresse du festival, ajoutant: «Nos problèmes sont nos fortunes. La compréhension de ce paradoxe prometteur nous invite à ne pas perdre espoir et à poursuivre notre chemin. Les problèmes plus ou moins sérieux persistent partout dans le monde; cependant, notre devoir nous incite à ne pas céder et à chercher des solutions.»

Jafar Panahi, illustre cinéaste iranien multiprimé dans les grands festivals, a réalisé entre autres oeuvres Le Ballon blanc, un film délicieux sur l'entêtement enfantin, et Le Cercle, remarquable plaidoyer pour la libération des femmes iraniennes. On doit à Mohammad Rasoulof le documentaire La Parabole, abordant la façon dont plusieurs Iraniens captent par satellite les chaînes étrangères, et The White Meadows, oeuvre allégorique sur des pleurs récoltés.

Gilles Jacob et Thierry Frémaux, à la tête du Festival de Cannes, invitent les professionnels du cinéma issus du monde entier à s'unir une fois de plus sur la Croisette pour les protéger. Le Festival de Cannes se déroulera du 11 au 22 mai prochains.

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