Shakespeare, Ulysse et Goldorak

Chris Hemsworth et Anthony Hopkins dans Thor, de Kenneth Branagh
Photo: Source Paramount Chris Hemsworth et Anthony Hopkins dans Thor, de Kenneth Branagh

L'acteur-réalisateur Kenneth Branagh (Dead Again, Much Ado About Nothing, Hamlet, Frankenstein) déclarait la semaine dernière dans la presse française que le motif des frères ennemis, contenu dans le scénario de Thor, lui rappelait Shakespeare, plus précisément Henry V. De fait, on comprend en voyant son nouveau film, réalisé dans le terreau de Marvel où on ne l'attendait pas, pourquoi les producteurs l'ont élu parmi une bonne dizaine de candidats potentiels. Outre le motif susmentionné, le langage châtié des résidants d'Asgard, la planète d'où vient ce grand guerrier viking, et la présence magnétique d'Anthony Hopkins dans le rôle du roi qui va bannir ce dernier en représailles pour sa désobéissance forcent encore davantage les comparaisons avec le théâtre élisabéthain et rendent la contribution de Branagh à l'univers revisité de Stan Lee et Jack Kirby (Spider Man, Iron Man) beaucoup plus naturelle (et excitante) qu'à première vue.

Des relents d'Ulysse et de Goldorak parfument également cette superproduction haut de gamme, surmontée d'une musique étonnamment raffinée de Patrick Doyle, dans laquelle l'analogique et le numérique font meilleur ménage que dans beaucoup de productions du genre. En outre, les dialogues bien écrits (là encore une qualité rarissime) abondent dans ce qui s'annonce comme le premier épisode d'une nouvelle série. On met la table avec le comment du pourquoi. Qui est Thor et qui a raison dans cette histoire de trahison et de rédemption?

Envoyé sur Terre par son père le roi Odin qui lui reproche d'avoir rompu la trêve avec le royaume ennemi des géants «glaciateurs», Thor (Chris Hemsworth) tombe en vrille au Nouveau-Mexique dans les bras de l'astrophysicienne Jane Foster (Natalie Portman, en mode «Je m'amuse et me repose») et de son équipe (Stellan Skarsgaard et Kat Dennings), tandis que son marteau aux superpouvoirs de géant tombe à quelques kilomètres de là en s'enfonçant dans le roc telle l'épée Excalibur. Étudié par des agents du gouvernement, l'objet ne pourra être délogé, parole d'Odin, que lorsque son orgueilleux fils aura appris l'humilité.

Comble de l'ironie, le maillon faible de Thor est son homme fort, Chris Hemsworth. Tout en muscles, ce bel Australien de 27 ans, brièvement aperçu dans la plus récente mouture de Star Trek, ne dégage en fait de charisme qu'un vague charme adolescent. Les éta-pes de la rédemption de son personnage étant à peine développées par le scénario, celle-ci nous est donnée comme une évidence au quatrième acte. Dans la peau de son machiavélique frère Loki, Tom Hiddleston (aperçu dans la série anglaise Wallander aux côtés de Branagh) est la révélation du film. Son jeu, à la fois glaçant et nuancé, de faux frère traître et trahi pousse le récit à un degré de tension extrême. Entre le marteau et l'enclume.

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Collaborateur du Devoir

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