Cinéma - Stagnation sur un thème

Une scène de Frissons 4<br />
Photo: Source Alliance Une scène de Frissons 4

Après avoir été la cible, trois films durant, d'un assassin costumé, la courageuse Sidney Prescott est parvenue à exorciser ses démons en rédigeant ses mémoires. Dernier arrêt de son circuit littéraire: Woodsboro, là où tout a commencé. Sur place, la jeune femme renoue avec l'ex-star reporter Gale Weathers et le shérif Dewey Riley, anciens compagnons d'infortune. Ajoutez à la distribution une vague cousine et les copains de celle-ci, afin d'avoir de nouvelles victimes à trucider, et voilà la série Scream ressuscitée pour une troisième resucée.

En 1996, Scream s'attira une critique étonnamment enthousiaste de la part d'une presse d'habitude peu portée sur le film de tueur masqué. La raison en était que le scénario ludique de Kevin Williamson, de concert avec la réalisation experte de Wes Craven, mettait en boîte, dans le texte, avant de les mettre en abîme, à l'image, conventions et lieux communs du genre en un réjouissant mélange de suspense et de satire. Succès oblige, Scream 2 fit subir le même traitement à la notion de «suite», avant que Scream 3 ne tentât un laborieux effet miroir, avec les personnages survivants confrontés aux acteurs les jouant dans un film basé sur leurs mésaventures. Dix ans plus tard, une quatrième variation était-elle nécessaire?

Dès le prologue, le scénariste annonce ses couleurs en pontifiant par la bouche de ses personnages sur l'état actuel du cinéma d'horreur. Le reste est à l'avenant, c'est-à-dire qu'on parle beaucoup. Mais vraiment beaucoup. À tel point qu'on en oublie l'essentiel: forger un suspense, soutenir la tension, bref, faire peur. Trivialités pour Kevin Williamson, qui s'est davantage préoccupé de rhétorique que de narration.

La mise en scène du vétéran Wes Craven (A Nightmare On Elm Street, People Under the Stairs) aurait pu sauver la mise. Or le réalisateur, en de nombreuses occasions, vend carrément la mèche sur l'action à venir en bâclant le travail. On ne sent aucun parti pris visuel, aucun souci formel. Filmé une fois de plus en format panoramique (2.35:1), le film aurait pu l'être en format carré (1.33:1) que cela n'aurait rien changé.

À l'époque de Wes Craven's New Nightmare, dans lequel Freddy Krueger surgissait dans un réel où le cinéaste tenait son propre rôle, les nouvelles préoccupations de Craven — la déconstruction du simulacre diégétique — annonçaient quelque chose de fascinant et Scream s'inscrivait dans la continuité de cette démarche. Récemment, son affligeant My Soul to Take relevait davantage de la divagation que de la réflexion. Bien que Wes Craven ne l'ait pas écrit, Scream 4 se situe plus près de ce dernier film que de ses prédécesseurs.

***

Collaborateur du Devoir

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

1 commentaire
  • André Loiseau - Inscrit 17 avril 2011 03 h 31

    N'ayez crainte.

    Certains films de peur sont carrément horribles à regarder.