Des exploitants de salles accusent Québec de privilégier eXcentris à leur détriment

L'annonce la semaine dernière de la renaissance du complexe eXcentris acquis par le Parallèle avec participation du ministère de la Culture en consterne certains. Des exploitants de salles ont dénoncé à travers le réseau Canoë ce qu'ils considèrent comme un cadeau démesuré du provincial, 7 millions de dollars accordés au Parallèle, alors qu'ils doivent se diviser à plus de 100 un maigre 2,4 millions.

Vincent Guzzo, vice-président de la mégachaîne de cinémas du même nom, Raffaele Papalia, qui préside les cinémas Cine Entreprise, et Mario Fortin, à la tête du Beaubien, y voient motif de grogne.

«Il y a plus de 110 salles et 300 écrans de cinéma exploités par les indépendants au Québec, et on ne reçoit que 2,4 millions du gouvernement, proteste Raffaele Papalia. Le cinéma Parallèle veut rénover les trois écrans de l'eXcentris et on lui donne 7 millions.»

Vincent Guzzo s'en prend de son côté aux «hauts fonctionnaires haut placés qui font des cadeaux à leurs amis du Plateau en octroyant ce montant».

Mario Fortin, à la tête du Beaubien, se dit abasourdi par l'ampleur de ce cadeau démesuré au Parallèle. «Nous ne nous opposons pas à une aide gouvernementale pour les cinémas indépendants de Montréal, dit-il. Nous voulons seulement être traités équitablement.» Il parle de concurrence déloyale susceptible de nuire à la santé financière de son établissement.

François Macerola, président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui a piloté également le dossier d'eXcentris, estime que les propriétaires de salles mécontents mélangent leurs dossiers.

Il faut dire que dans le dernier budget Bachand, un fonds de 2,4 millions (plutôt que les 4,1 millions réclamés) a été voté pour aider les cinémas indépendants à équiper leurs écrans en numérique. Montréal, Gatineau, Québec et la chaîne Guzzo en avaient été exclus.

«La proposition qu'on avait faite en janvier pour la numérisation incluait toutes les salles de cinéma du Québec sauf Guzzo, qui voulait de l'aide aux salles», déclare François Macerola. On avait fait une proposition de 4,1 millions à la ministre, acceptée avec enthousiasme. Le cabinet du ministre des Finances a décidé que 2,4 millions, c'est suffisant dans un contexte financier difficile. C'est frustrant pour tout le monde, mais on avait des possibilités de prêts, et des exceptions à la règle demeuraient possibles, entre autres pour le Beaubien.

«Plutôt que de lancer des accusations publiques en attaquant eXcentris, ils auraient mieux fait de s'asseoir avec nous. Ces exploitants n'ont pas le montage financier d'eXcentris. De plus, c'est clair que le gouvernement du Québec n'a pas accordé au Parallèle une subvention de 7 millions et qu'ils n'ont pas les bons chiffres. Nous avons accordé un prêt [4 millions]. eXcentris et la numérisation des écrans du Québec sont deux dossiers différents. Si les propriétaires de salles veulent des prêts, je leur en ferai demain matin. Guzzo ne nous a d'ailleurs jamais approchés en ce sens.»

Le président de la SODEC déplore que les exploitants de salles ne soient pas revenus le voir après le budget Bachand pour demander des garanties de prêts et évaluer leur situation. Il trouve ridicule par ailleurs qu'on l'accuse d'accommoder des amis du Plateau.