Cinéma - Quand tout semblait possible

Le réalisateur de Frissons des collines, Richard Roy. Son film prend l’affiche vendredi prochain.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le réalisateur de Frissons des collines, Richard Roy. Son film prend l’affiche vendredi prochain.

Il parle d'entrée de jeu de «feel good movie», d'une œuvre de divertissement. Pourtant, jamais Richard Roy n'avait mis autant de lui-même, de son enfance en fait, que dans cette comédie dramatique. Lui qui a grandi à Saint-Agapit et qui brûlait d'admiration pour Jimi Hendrix. Des gars qui rendaient visite à sa sœur l'avaient, sans expliquer pourquoi, surnommé «Frisson des collines», titre de son film donc. Il avoue avoir amélioré son univers familial, plutôt sombre, en créant à l'écran un clan uni. «Mon père est mort quand j'étais très jeune, celui du héros aussi, mais je n'ai pas cherché à exacerber les émotions dramatiques, cherchant plutôt un climat de légèreté.»

On doit à Richard Roy divers longs métrages en français, reçus au Québec avec plus ou moins de succès: Moody Beach en 1989, histoire d'un homme en quête d'une vie nouvelle, puis le sombre Caboose en 1996, et enfin, en 2000, la comédie romantique Café Olé. Il a beaucoup travaillé pour la télévision, entre autres sur douze épisodes du Dernier chapitre, également sur des téléfilms destinés au petit écran américain, canadien-anglais ou britannique. «Je n'ai jamais arrêté de faire du jogging cinématographique», dit-il.

Un beau rêve

Le jeune Antoine Olivier Pilon (aucun lien de parenté avec les frères Pilon) incarne dans Frisson des collines un garçon de 12 ans, en 1969, qui veut aller au festival Woodstock, jouer de la guitare comme Jimi Hendrix, mais dont la mort prématurée du père (Patrice Robitaille) brise le coeur et les rêves. D'autres acteurs en herbe jouent à ses côtés.

«Pour les rôles des enfants, nous avons fait 1500 auditions, précise le cinéaste. Antoine Olivier Pilon n'avait jamais joué, ni dans une pub, ni dans un court métrage. Il possède un don naturel et a vite compris tous les codes.»

Guillaume Lemay-Thivierge, qui incarne Tom Faucher, le hippy enfumé du village, libre au volant de sa moto, fut un enfant acteur dans Le Matou de Jean Beaudin, d'après le roman d'Yves Beauchemin. Son délicieux personnage de Monsieur Émile avait alors six ans. «Je cherche un Monsieur Émile de 12 ans», répétait Richard Roy avant le tournage. Celui de l'époque a épaulé le novice.

«À 12 ans, tu comprends des affaires sans pouvoir décider. Le petit Frisson n'obtient rien de ce qu'il veut, dont aller à Woodstock avec son père, puis avec son ami Tom Faucher ou sa maîtresse d'école, dont il est amoureux.»

Le film évoque Maman est chez le coiffeur de Léa Pool, aussi C'est pas moi, je le jure, de Philippe Falardeau, tous deux sortis en 2008, mais Richard Roy précise avoir écrit son scénario il y a dix ans, avant de le remodifier en collaboration avec d'autres. «En 2000, le contexte n'était pas propice à ce type de films.»

L'année 1969, alors que l'homme faisait ses premiers pas sur la Lune et qu'une révolution joyeuse et jeune s'éclatait en musique et en bouleversements sociaux, fut emblématique, d'où l'envie de s'y frotter. «On sait bien comment tout ça a fini, mais ce fut un beau rêve. J'avais envie de raconter l'histoire de ce petit gars avec cette année-là en toile de fond, mais aussi de composer de vrais personnages.»

Outre Antoine Olivier Pilon, Patrice Robitaille et Guillaume Lemay-Thivierge, la distribution comprend notamment Anick Lemay en épouse inconsolable, Antoine Bertrand en Burger gros colon farceur, Évelyne Brochu en séduisante maîtresse d'école, Paul Doucet en amoureux romantique au long cours, etc.

Richard Roy déclare avoir misé sur la couleur aux décors et aux costumes, le jaune surtout, avec champs de blé et d'avoine. Son film d'été, tourné pour une large part en extérieur, se voulait solaire. «Un film d'époque est plus facile à tourner à la campagne, car les villages ont souvent moins changé que les villes, mais ça implique un solide travail de direction artistique tout de même.»

Un des gros problèmes de la production fut d'obtenir les droits de chansons de Jimi Hendrix: Foxy Lady et son interprétation d'All Along the Watchtower de Dylan. «Deux ans de travail et beaucoup d'argent. Sa nièce Mira Hendrix est âpre au gain... Mais avec Bob Dylan, tout est allé très vite.»

Les prochains projets de Richard Roy: adapter en anglais Le Facteur émotif de Denis Thériault et réaliser une comédie romantique en français.