Cinéma - Jaloux: un thriller en immersion totale

Maxime Denommée et Sophie Cadieux dans Jaloux<br />
Photo: Source Séville Maxime Denommée et Sophie Cadieux dans Jaloux

À partir d'un canevas de récit et de deux ou trois thèmes obsédants, Patrick Demers a proposé à Sophie Cadieux, Maxime Denommée et Benoît Gouin de créer eux-mêmes les personnages de son thriller psychologique au fur et à mesure d'un tournage en vase clos de seize jours sur les rives d'un lac de Lanaudière. Résultat: Jaloux, une vraie création collective née dans la complicité, la confiance et «l'immersion totale».

Un couple en crise (Sophie Cadieux et Maxime Denommée) s'en va passer un week-end dans le chalet prêté par un parent dans l'espoir de se donner un nouveau souffle. À l'arrivée, un étranger séduisant (Benoît Gouin), soi-disant propriétaire du chalet voisin, s'impose à eux. Un repas trop bien arrosé plus tard, un climat malsain s'installe. En même temps qu'un triangle amoureux fondé sur le mensonge et la manipulation.

Plutôt que de chercher des acteurs qui correspondent aux personnages qu'il aurait créés, Patrick Demers a trouvé des collaborateurs capables de les créer eux-mêmes. «Les personnages sont nés d'eux», soutient le réalisateur, rencontré cette semaine dans un café du boulevard Saint-Laurent, en compagnie de ses trois interprètes choisis avec soin. Ainsi, à titre de monteur de la télésérie La Job, il avait pu apprécier le travail de Sophie Cadieux. «Elle avait l'expérience de l'improvisation, donc j'emmenais un gros joueur dans l'équipe. Maxime avait l'expérience du travail avec moi, et il a rassuré les deux autres comédiens en leur suggérant de me faire confiance. Dans le cas de Benoît, j'avais été fasciné par sa composition de Mike Gauvin dans Québec-Montréal.»

Partager le contrôle

S'inspirant de Cassavetes pour la méthode misant sur l'impro, Demers lorgnait du côté de la Nouvelle Vague et du cinéma japonais des années 60 pour le style. Avec pour résultat un film singulier, réalisé dans des conditions inhabituelles. En compagnie de leur équipe réduite, Cadieux, Denommée, Gouin et Demers ont en effet vécu pendant 16 jours dans un chalet de Mandeville, le film occupant leurs pensées à chaque instant, jusqu'au soir où ils visionnaient les rushes ensemble, un verre de vin à la main. «Au cinéma, il y a comme une interdiction pour les acteurs de voir les rushes, explique Maxime Denommée. Nous, au contraire, on s'en servait, on les regardait ensemble, on en discutait, et ça influençait ce qu'on ferait le lendemain.»

Patrick Demers précise: «On cherchait la variation plutôt que la précision.» Le cinéaste, qui s'est fait connaître dans le cadre de la Course Destination Monde promotion 1992-1993, puis comme réalisateur à la télévision, sait suffisamment en quoi consiste le métier pour pouvoir partager le contrôle sans perdre le cap. «J'ai avant tout confiance dans le processus. Je pense que, plus les personnes sont impliquées, plus elles sont créatives, et plus on arrive à élever le niveau.»

Aucun des trois interprètes de Jaloux n'avait vécu au cinéma ce genre d'expérience d'improvisation en collégialité, expérience qu'ils avaient déjà connue, du côté de la LNI pour Cadieux, de la LUI pour Denommée, et à travers le théâtre pour tous les trois. «C'était pour moi un retour à la création collective. Un cadeau merveilleux», dit Benoît Gouin, ancien mem-bre de la troupe Niveau Parking de Québec. Le rapport au jeu n'est pas le même toutefois, puisque la création est en évolution constante. Ainsi, pour atteindre la vérité d'une scène, le comédien devait souvent faire taire l'auteur intérieur, qui lui murmurait ses consignes à l'oreille. «C'était difficile pour moi d'être dans un grand moment émotif et de de-voir penser en même temps à l'information que la scène devait communiquer», dit Cadieux. Denommée pré-cise que la méthode implique une bonne marge d'essais et erreurs: «Il fallait passer par le verbal pour ensuite pouvoir en extraire l'essence.»

Denommée joue le conjoint obsessivement jaloux d'une jeune femme qui flirte innocemment. L'irruption dans leur bulle du voisin charmeur vient cristalliser l'enjeu. Extériorisé à l'amorce, ce dernier est devenu plus mystérieux et silencieux au fur et à mesure, faisant du coup grimper la tension. «Quelque chose s'est rembruni au fil du temps», souligne Gouin. «Il était un méchant traditionnel dans notre plan de travail, répond Demers. Puis, en avançant, Benoît a voulu le sauver.» «Je l'ai compris, je l'ai aimé», réplique l'acteur. «On a donc pris cette direction», ajoute Demers.

Au final, plus qu'un film sur la jalousie, Jaloux est, de l'avis partagé de Sophie Cadieux, «un thriller sur les apparences et les perceptions, dont on sort avec l'envie d'aller prendre une bière avec des amis pour en jaser». Prenons-la au mot.

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Collaborateur du Devoir

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JALOUX Bande annonce de www.productionskinesis.com sur Vimeo.