13e gala des Jutra - Incendies: la grande moisson

L’actrice Lubna Azabal et le réalisateur Denis Villeneuve, dont le film Incendies a récolté neuf statuettes au gala des Jutra présenté hier soir au Théâtre Saint-Denis.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’actrice Lubna Azabal et le réalisateur Denis Villeneuve, dont le film Incendies a récolté neuf statuettes au gala des Jutra présenté hier soir au Théâtre Saint-Denis.

La victoire d'Incendies, qui a récolté neuf statuettes hier au 13e gala des Jutra, s'est jouée dans le sillage des prédictions: meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure actrice à la vibrante Lubna Azabal (qui a dédié son trophée aux femmes arabes combattantes), meilleure direction photo pour André Turpin, meilleure direction artistique à André-Line Beauparlant, meilleur son, meilleur montage à Monique Dartonne, meilleurs costumes. Les Jutra n'ont pas lésiné sur les joyaux de la couronne au roi Villeneuve.

Après la grosse moisson aux prix Génie canadiens, après la nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, après un succès critique et public, ici comme à l'étranger, comment ce film puissant, adapté de la pièce de Wajdi Mouawad en un Moyen-Orient de cauchemar (redevenu d'une actualité brûlante) aurait-il pu rester dans l'ombre dans sa propre cour? Denis Villeneuve, comblé, mais désormais vieux pro du remerciement succinct, clôt chez lui sa saison des lauriers. «Si c'est moi qui avais décidé, j'aurais donné le Jutra de la meilleure réalisation à Robin Aubert [À l'origine d'un cri]», a-t-il dit sur scène en toute simplicité. Aubert n'était même pas [à tort] en nomination dans cette catégorie. Je pense que j'aime mieux les Jutra québécois que les Jutra américains», a ajouté le lauréat.

Au Théâtre Saint-Denis, la foule était chic et nombreuse — plus de 1500 personnes, un record —, mais Xavier Dolan était absent pour cause de tournage dans Charlevoix. Le gratin du milieu cinématographique et des élus, dont la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, avait revêtu ses beaux atours pour célébrer la fête du septième art maison. Sylvie Moreau et Yves Pelletier animèrent le gala avec force images tirées des films et allusions à l'ensemble des films québécois de l'année écoulée, parvenant presque à faire oublier que la plupart d'entre eux, plusieurs très méritants, balayés par le vent d'Incendies, ne récolteraient que quelques prix ou devraient s'effacer devant le héros du jour.

Mais avec une énergie et plusieurs bons gags qui faisaient mentir la malédiction du chiffre 13 pesant sur ces Jutra et la malédiction tout court d'un gala souvent lapidé par la critique, la cérémonie elle-même avait du chien, compte tenu des contraintes de l'exercice. La saga des remerciements fut plus courte que d'habitude. Sylvie Moreau et Yves Pelletier étaient sympathiques et drôles. Un mélange en musique des Sept Jours du talion et des Amours imaginaires s'est révélé particulièrement hilarant.

Quelques statuettes ont quand même visé une autre cible qu'Incendies. Claude Legault, en éducateur d'un garçon en difficulté dans l'excellent 10 1/2 de Podz, a remporté le Jutra du meilleur acteur, préféré à Emmanuel Bilodeau en père troublé dans Curling.

Jean Lapointe, exceptionnel en grand-père acariâtre dans À l'origine d'un cri de Robin Aubert, recevait la palme du meilleur acteur de soutien. C'est ce même Jean Lapointe, acteur, humoriste, chanteur, auteur-compositeur et ex-sénateur qui montait hier sur scène pour recueillir un Jutra-hommage de carrière qu'il n'a pas volé. Ovationné — tout le monde l'aime —, touchant et drôle dans son discours, il refusait d'être enterré sous les honneurs avant le temps et voulait mourir de rire ensuite.

Dorothée Berryman, touchante, forte et fragile en comédienne restée trop longtemps sur la touche, dans la meilleure comédie québécoise de l'année, Cabotins d'Alain Desrochers, méritait aussi son Jutra de la meilleure actrice de soutien qu'elle a reçu avec humour. Route 132 de Louis Bélanger n'est pas reparti bredouille. Ce bon road movie a valu à Benoît Charest et à Guy Bélanger le prix de la meilleure musique originale. Barney's Version de Richard J. Lewis, adapté du roman de Mordecai Richler, a reçu les Jutra des meilleurs maquillages pour Adrian Morot (qui avait participé à la course aux Oscars) et de la meilleure coiffure pour Réjean Goderre.

Le prix du meilleur documentaire est allé à Pierre Falardeau, de Carmen Garcia et German Gutierrez, portrait du cinéaste patriote. M'ouvrir d'Albéric Aurtenèche, plongée dans l'univers d'une adolescente qui s'automutile, a remporté le trophée du meilleur court/moyen métrage, et l'exceptionnel Les Journaux de Lipsett de Theodore Ushev, celui de la meilleure animation.

Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan, s'est démarqué, avec des chiffres compilés, comme le film s'étant le plus illustré à l'étranger en 2010. Piché entre ciel et terre, de Sylvain Archambault, a reçu le billet d'or du film le plus couru au guichet québécois. Mais Curling, de Denis Côté, n'a hélas! rien grappillé au palmarès, pas plus que Les Amours imaginaires de Xavier Dolan ou Les Signes vitaux de Sophie Deraspe. Cette 13e édition passera avant tout dans les annales comme celle du sacre d'Incendies.
11 commentaires
  • Jean St-Jacques - Abonnée 14 mars 2011 07 h 17

    Bon gala Jutra

    Une remarque sur la robe de Sylvie Moreau qui semblait gêner ses mouvements et la rendre moins spontanée. Comme d'habitude, notre lange a subi des lacunes et il me semble qu'on pourrait s'attendre à mieux pour promouvoir celle-ci et donner l'exemple.

    Les films québecois souffrent toujours des sacres et on pourrait s'en passer ce qui nous con"sacre" comme un peuple de "sacreurs". Ce phénomène m'enlève le goût de regarder les films de chez nous. J,ai honte de mon peuple,

  • André Loiseau - Abonné 14 mars 2011 08 h 43

    Le sacre du printemps

    Un film doit demeurer vraisemblable. Il ne doit pas se faire moralisateur mais être le miroir de notre réalité, laide ou jolie, selon le regard qui nous habite. Le sacre devient fréquent ou pas selon les époques, les villes, les quartiers et...l'occasion. Proférés par des québécois, il y a aussi quelques sacres dans Incendie qui se déroule au Moyen Orient.
    Nous sommes vraiment colonisés pour nous renier ainsi nous-mêmes en ayant honte de notre parlure. Les français, qui seraient plutôt colonisateurs, ne questionnent jamais leur très coloré langage populaire.
    Ils en ont créé des chefs d'oeuvre.

  • André Loiseau - Abonné 14 mars 2011 08 h 48

    L'Oscar

    Félicitations à Denis Villeneuve!
    N'eut été le contexte de guerre anti-arabes des américains, il aurait aussi remporté l'Oscar haut la main.
    C'est un grand bonhomme qui représente la bonne santé et la générosité du peuple québécois.

  • Bernard Gervais - Inscrit 14 mars 2011 08 h 58

    Des honneurs mérités

    Encore bravo à Denis Villeneuve et toute l'équipe d'Incendies, une oeuvre absolument remarquable ! Tous les prix Jutra, remportés hier par ce film, sont justifiés !

    Toutefois, je dois avouer que je n'ai jamais été un grand amateur de tous ces galas télévisés (ceux des prix Jutra, Génie, Gémeaux, Méritas, César, Oscar et autres). C'est souvent très long, notamment à cause des nombreuses pauses publicitaires !

  • François Dugal - Inscrit 14 mars 2011 08 h 59

    Miroir, miroir ...

    L'auto-congratulation, ça va faire!