13e soirée des prix Jutra - Sous le souffle d'Incendies

Les animateurs, Sylvie Moreau et Yves Pelletier, promettent de rendre hommage à l’ensemble des 40 longs métrages de l’année.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les animateurs, Sylvie Moreau et Yves Pelletier, promettent de rendre hommage à l’ensemble des 40 longs métrages de l’année.

On ne refera pas une énième fois la genèse d'Incendies de Denis Villeneuve, adapté de la pièce de Mouawad. Après triomphe aux Génies canadiens, son tsunami menace de submerger le cru du cinéma québécois de l'année aux Jutra demain soir, au théâtre Saint-Denis, comme sur les ondes de Radio-Canada à 19h30.

Denis Villeneuve a intérêt à répéter de nouvelles variantes aux formules de remerciement, en prévision du gala dominical du cinéma maison. C'est son année, avec une oeuvre puissante, qui combine succès critique et public, et reconnaissance internationale. On attend pour sa pomme la totale: meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure actrice pour Lubna Azabal, meilleure direction photo, meilleure direction artistique, meilleur montage.

Ça rappelle l'année de C.R.A.Z.Y., en 2006, alors que la sublime Neuvaine de Bernard Émond — déclaré plus tard film québécois de la décennie par l'association des critiques de cinéma — fut lessivée aux Jutra, sauf pour couronner Élise Guilbaut.

Un gala a besoin de suspense, et ces 13es Jutra en manqueront: effet pervers des balayages. Assez pour vouloir rappeler l'existence des concurrents d'Incendies au meilleur film. Le Curling de Denis Côté, à la poésie lancinante et insolite, Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, porté par sa modernité, ses dialogues punchés et ses images, 10 1/2 de Podz, pour sa plongée dans l'enfer d'un enfant perturbé (qui révéla le petit Robert Naylor, injustement oublié de la course au Jutra du meilleur acteur). Quant aux Signes vitaux de Sophie Deraspe, film surprise sorti du lot, touchant et sensible, on salue son approche humaine de la mort et le jeu de l'émouvante Marie-Hélène Bellavance.

Les animateurs, Sylvie Moreau et Yves Pelletier, promettent de rendre hommage à l'ensemble des 40 longs métrages de l'année avec images et clins d'oeil. On veut bien. En 2010, les films québécois ont encore perdu du terrain en recettes au guichet. Le défi de ce gala sera de convaincre le public d'y assister. Et d'éviter les tomates à la sortie, car les critiques les écorchent souvent. En outre, des favoris sont refoulés à l'étape des nominations. Grrr!

Henry Welsh, délégué général des Jutra, vous dira que des injustices furent l'an dernier en partie colmatées, en ajoutant un joueur dans chaque catégorie: cinq plutôt que quatre. Ça se joue depuis 2010 avec un jury qui détermine les nominations, puis l'industrie qui vote. Mais aucun système n'est parfait. D'où les oubliés de la course.

À l'origine d'un cri de Robin Aubert avait tout pour atterrir dans le duo de tête des nominations: film, réalisation, sans y être. Même scénario pour

Route 132 de Louis Bélanger, Trois temps après la mort d'Anna de Catherine Martin, etc.

Certaines catégories laissent songeur. Chez les meilleures actrices de soutien, Anne-Elisabeth Bossé, la fille aux lunettes des Amours imaginaires, manque à l'appel, là où d'autres, comme Geneviève Bertrand (Le Journal d'Aurélie Laflamme) et Danielle Proulx (Reste avec moi), y atterrissent mystérieusement. Le film de Xavier Dolan est exclu des catégories meilleurs costumes, meilleure caméra, où il s'est démarqué, etc.

Henry Welsh précise qu'il demeure ouvert à des nominations à géométrie variable. «Pourquoi pas dix concurrents pour le meilleur film, comme aux Oscar? On est ouverts à tout.»

Mais faut pas croire, d'autres joueurs que l'équipe d'Incendies devraient monter sur scène pour tenir leur statuette. Sans doute Emmanuel Bilodeau comme meilleur acteur pour Curling, Dorothée Berryman comme meilleure actrice de soutien pour Cabotins, Jean Lapointe — également lauréat du prix hommage — au titre de meilleur acteur de soutien pour À l'origine d'un cri.

Reste aussi les catégories du documentaire, des courts métrages, etc. Denise Robert, recevant en 2004 avec Arcand l'Oscar pour Les Invasions barbares, avait lancé à la rigolade: «Je remercie Peter Jackson de ne pas être en nomination dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère», après que celui-ci eut tout raflé ailleurs pour son dernier volet du Seigneur des anneaux. D'autres rendront sans doute grâce à Denis Villeneuve demain soir de ne pas concourir absolument partout.

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Voir aussi dans L'Agenda, à la page 3, les prévisions et choix de nos critiques.