Cinéma - Maxime Giroux et sa bande

Le cinéaste Maxime Giroux propose Jo pour Jonathan.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le cinéaste Maxime Giroux propose Jo pour Jonathan.

Son film Jo pour Jonathan, explorant l'univers de deux frères épris de courses de voitures dans une banlieue glauque où l'éveil ne peut naître que du drame, prend l'affiche vendredi dans nos salles. Il a remporté aux Rendez-vous du cinéma québécois le prix Gilles Carle du meilleur premier ou second long métrage d'ici.

Des thèmes et des lieux d'élection hantent ses films: la banlieue, les rapports familiaux fracturés. Ce cinéaste trentenaire est un homme d'équipe soudée. Alexandre Laferrière est son coscénariste attitré et respecté. De Sara Mishara, sa fidèle directrice photo, il admire les plans qui jouent sur la durée, les faibles éclairages adaptés à ses climats. Tous se comprennent à demi-mot. Son coproducteur est Paul Barbeau, de la maison Nu Films. Maxime Giroux roule en bande.

Dans notre paysage cinéphilique québécois, son nom demeure indissociable d'un cinéma indépendant, exigeant, primé sur la planète festivals, peu connu du grand public. Lui qui a fait ses classes à travers l'école des clips tourna vite casaque sur le plan esthétique. «Les clips m'ont permis de comprendre ce que je voulais faire... et ne pas faire», dit-il.

Culte de la voiture

Ses courts métrages Le Rouge au sol et Les Jours ont récolté les lauriers dans une quinzaine de rendez-vous de films. Son premier long métrage, Demain, sombre histoire d'une femme qui s'oublie au profit d'un père malade et d'un amant minable, lancé au Festival de Turin, fut boudé en salles par le public québécois. Air connu! Mais le cinéaste espère élargir son audience avec le pourtant peu commercial Jo pour Jonathan. Oeuvre lente? «Pas tant que ça. Mais on explore d'autres approches que le cinéma dominant. Quelque chose de très visuel, qui repose sur les ambiances.»

Jo pour Jonathan met en scène deux frères: l'aîné, Thomas (Jean-Sébastien Courchesne), et le cadet, Jonathan, qui l'admire et le suit comme son ombre (Raphaël Lacaille). Les jeunes du coin font des courses illégales de voitures, avec gageures. D'ailleurs, ces courses se déroulent (vraiment) près de la maison du père de Maxime. Ils ont tourné chez lui, fait jouer de vrais coureurs automobiles. Rebel Without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray, avec James Dean, référence en termes de film de course, ne fut pas une influence marquante. Seuls les sujets se croisent.

«Ni Alexandre ni moi n'avons le culte de la voiture, précise le cinéaste. Mais c'est la première chose à travers laquelle on se définit. En banlieue, elle est omniprésente, générant un individualisme qui fait perdre toute curiosité. À pied, on regarde autour de soi, mais au volant...»

Maxime Giroux se préoccupe des questions d'engagement, déplorant le cynisme ambiant et la dissolution du sentiment de responsabilité. «Dans mon film, Jonathan aura à faire un choix: aider son frère handicapé à mourir ou à vivre, après une course qui a mal tourné.»

Élément insolite du film: la télékinésie, faculté de faire bouger ou léviter des objets par la puissance de l'esprit. Jonathan possède ce don. «Est-ce le fruit de son imagination ou parvient-il vraiment à déplacer les objets? Peu importe. C'était pour nous une façon de montrer sa vie intérieure.»

Jo pour Jonathan repose sur de rares dialogues, en franglais souvent. «Au Québec, on parle peu. Le film évoque davantage qu'il ne dit. Quant à la famille, noyau dur, avec ce frère aîné qui remplace le père absent, elle sert de pivot aux grands rites de passage. Comment devenir un homme?»

Se séparant la prochaine fois du producteur Paul Barbeau, Maxime Giroux s'associera avec le cinéaste François Delisle, également producteur, pour un film qui parlera d'éthique à travers l'enquête policière d'un inspecteur confronté à un douloureux dilemme: protéger son fils ou le dénoncer?