Des clichés à la tonne

Comédie romantique québécoise, French Kiss aura eu le mérite de révéler en Céline Bonnier et Claude Legault deux interprètes capables de se faufiler dans le genre sans se casser les dents. La fleur bleue ne leur va pas mal. Ils ont ici de la gueule et du charme, et constituent, avec d'autres membres de la distribution, les meilleurs atouts d'un film qui en a bien besoin.

Sylvain Archambault, derrière Pour toujours les Canadiens, de triste mémoire, mais aussi le très populaire Piché: Entre ciel et terre et la bonne série sur Les Lavigueur, aime manifestement explorer des tonalités diverses. Comédie romantique, donc, mais jamais drôle hélas! Ce qui apparaît quand même fâcheux.

French Kiss ne passera pas à l'histoire pour la subtilité de son intrigue mal ficelée. Et pas davantage pour sa réalisation surchargée de jeux de caméra plaqués et clinquants, apparemment destinée à faire oublier les carences de l'histoire. Scénariste et cinéaste ont ici marché sur les traces des comédies romantiques américaines sans élever le genre. Clichés à la tonne. Et mince proposition de départ.

La banale question: «On s'est déjà vus quelque part?» servie par Fred à l'heure d'aborder Juliette, est détournée de sa cible «dragouillarde». Car la belle le reconnaîtra comme ancien confrère dans un cours de bio. Sur ce mensonge qui en entraîne d'autres (il fait semblant d'aimer les films de Rohmer et les plats au tofu), le fil de trame est mince, sans intrigues secondaires solides.

Le meilleur ami de Fred, Elliot (Didier Lucien), revisite le rôle du chic type qui adore les jeux de mots stupides, lui aussi en quête d'amour. Une chance que l'acteur a du chien, car les gags et calembours qu'il sert tombent à plat.

Certaines figures secondaires, dont une femme d'âge mûr frustrée et chiante, et son versant animalier, un chihuahua obèse, sont de vrais épouvantails à moineaux. Et pourquoi avoir choisi Raymond Cloutier pour le rôle du papa de Juliette, alors qu'il n'a que quelques lignes de texte à se mettre en bouche, dans la veine sinistre?

Suzanne Champagne en Muguette, la bibliothécaire qui travaille avec la belle, possède comme toujours de l'allant, mais son petit revirement amoureux survient comme un cheveu sur la soupe. Isabelle Guérard hérite d'un rôle vide. Quant au dénouement «Je ne te veux plus, oui je te veux», bientôt sur fond d'aéroport — car ils se retrouveront, on le savait depuis le début —, il est d'un convenu qui frise l'absolu.

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