Les «marraines»

Dans Bienvenue à Los Pereyra, les nombreux regards à la caméra des enfants d’une communauté rurale servent à illustrer exactement ce que le cinéaste veut dire.<br />
Photo: Andres Livov-Macklin Dans Bienvenue à Los Pereyra, les nombreux regards à la caméra des enfants d’une communauté rurale servent à illustrer exactement ce que le cinéaste veut dire.

Il existe une loi explicite dans le cinéma de fiction, implicite dans le cinéma de documentaire, voulant qu'un acteur ou protagoniste s'abstienne de regarder l'objectif de la caméra, sous peine de rompre la magie. Et puis il y a Bienvenue à Los Pereyra, un beau documentaire d'Andres Livov-Macklin, où les nombreux regards à la caméra des enfants d'une communauté rurale sans eau ni électricité, perdue dans le nord de l'Argentine, servent à illustrer exactement ce que le cinéaste veut dire: l'isolement d'une communauté et la présence intrusive, mais bienvenue, d'une équipe de cinéma venue capter la rencontre de ses enfants avec un groupe de «marraines» de Buenos Aires.

Qui sont ces marraines et que font-elles à Los Pereyra? Andres Livov-Macklin ne croit pas utile de nous fournir ces détails contextuels, du moins pas à l'intérieur des limites de son film. Son dossier de presse, beaucoup plus généreux en explications, nous apprend que ce sont des lycéennes issues de la classe la plus privilégiée de la capitale, et que leur présence s'inscrit dans le cadre d'un programme visant à aider les démunis et à vanter les vertus de l'éducation.

Retour au film, assemblage poétique d'instants captés sur le vif, sans témoignages à la caméra, sur trois temps: les préparatifs de la visite, la visite, le lendemain de la visite. La qualité du regard, jumelée à l'expressivité des individus sur lesquels il s'arrête le plus souvent, montre une microsociété autonome mais sous-éduquée, dans laquelle la visite de jeunes filles de la capitale vient mettre en évidence les manques physiques et affectifs. Livov-Macklin force parfois la note, notamment par la musique, pour mettre en évidence une émotion qui n'avait qu'à être cueillie. À l'inverse, son discours sur le phénomène de la charité est mieux articulé dans son dossier de presse que dans le film, où il peine à se matérialiser. Visiblement en contrôle au tournage et au montage, Andres Livov-Macklin n'a pas exercé la même influence sur le message.

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Collaborateur du Devoir

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* V.o., s.-t.f.: Cinéma Parallèle.