Entrevue avec Denys Desjardins - Rêves et détresses de notre industrie du cinéma

Sur le plateau de La Vie privée du cinéma québécois <br />
Photo: Ugo Brochu Sur le plateau de La Vie privée du cinéma québécois

Dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, demain et le samedi 26 février, à 13h30, sera présentée en deux parties à la Cinémathèque La Vie privée du cinéma québécois de Denys Desjardins. Les pionniers de notre septième art interrogés dans ce documentaire seront sur place aux côtés du cinéaste qui a recueilli leurs témoignages. Le film se penche sur notre industrie cinématographique depuis ses débuts.

Il aura arpenté l'histoire de notre cinéma, Denys Desjardins, à travers Le Direct avant la lettre en 2006, De l'Office au Box-Office trois ans plus tard et en 2010 La Vie privée d'Onyx Films. Lui qui fut cinéaste à l'ONF enseigne le cinéma, dirige sa maison de production Les Films du Centaure, fou de mémoire, capturant celle des pionniers pour trouver le sens de leur aventure.

Mais ce film (240 minutes en tout), il avoue l'avoir fait seul, sans aide de l'État, même après avoir frappé à plusieurs portes, tournant avec son équipe quand il pouvait. L'ONF pourrait participer côté diffusion. À suivre.

Avec une cinquantaine de témoignages, mais aucun extrait de films, Denys Desjardins carburait à l'urgence: faire parler les pionniers de la création et de l'industrie. L'un d'eux, André Lamy, est mort depuis.

Des témoignages des pionniers existaient pourtant, surtout quand Carol Faucher dirigeait la collection Mémoire à l'ONF, mais elle n'est plus. Une série sur le cinéma québécois fut produite aussi à Télé-Québec. Denys Desjardins a voulu aborder de façon plus pointue le rêve de créer une vraie industrie privée. «Toutes les stratégies ont échoué», dit-il.

Les cinéastes et producteurs interrogés dans le premier volet (1939-1979) ont passé par l'Office national du film, de Denys Arcand à André Forcier, de Jean-Claude Labrecque à Jacques Godbout, en passant par Michel Brault, Fernand Dansereau, Marcel Carrière, Pierre Juneau, Mireille Dansereau, Jean Pierre Lefebvre, etc. Berceau d'un cinéma social, dont plusieurs allaient s'évader pour créer un cinéma plus populaire.

Tout débute avec le témoignage du nonagénaire Michael Spencer, qui fonda en 1968 la Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne et croyait comme bien d'autres qu'une industrie privée du Canada pourrait s'autorentabiliser. Vain espoir.

L'aventure d'Onyx Films, derrière le succès de Deux femmes en or en 1970, se solda par une faillite. Claude Fournier évoque ici le scandale mondial de l'industrie du cinéma où tout le monde se fait voler. Il ignore désormais qui sont les ayants droit de Deux femmes en or, qu'il a réalisé.

Un des segments les plus intéressants de ce documentaire aborde en 1974 l'occupation des Bureaux de surveillance du cinéma par des cinéastes et créateurs qui voulaient une loi-cadre pour soutenir et protéger le cinéma. «Ce furent les derniers moments de solidarité, estime Denys Desjardins. Ensuite, l'industrie a pris le relais.»

La seconde partie, plus lourde, donne beaucoup la parole à des fonctionnaires et politiciens, mais aussi à René Malo qui désirait une loi sur la distribution, basée en partie sur des redevances à la billetterie, selon le modèle français. Fin de non-recevoir là aussi. Mais Pierre Lampron explique de son côté à quel point les crédits d'impôt ont quand même pu assainir le financement des films, en prenant le relais du système douteux des abris fiscaux.

«La SODEC et Téléfilm sont des banques de financement, mais ce sont les producteurs à succès qui sont récompensés par les primes à la performance de Téléfilm. Un cinéma de gestion est mis en place. Le système encourage trop les films à succès.»

Aux yeux de Denys Desjardins, le Québec aurait mieux fait de suivre la trajectoire de la Belgique, qui n'a pas mis en place des institutions comme la SODEC mais a plutôt misé sur la création et l'expérimentation, et dont les films sont très présents dans les grands festivals et circulent beaucoup à l'étranger. Seule voie pour notre propre industrie.