Télévision - Les Kennedy de la discorde

Katie Holmes (Mme Tom Cruise à la ville) est Jackie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gabriel Bouys Katie Holmes (Mme Tom Cruise à la ville) est Jackie.

Une minisérie télé de la compagnie montréalaise Muse Entertainment consacrée à la famille Kennedy suscite une controverse idéologique. La critique de certains historiens a convaincu la chaîne américaine History Channel de la retirer de sa programmation hivernale.

La maison de production montréalaise Muse Entertainment se retrouve au centre d'une chicane historicomédiatique à cause de sa minisérie The Kennedys. L'oeuvre en huit parties propose un portrait complet de la plus célèbre famille des États-Unis, marquée par les succès et les tragédies à répétition.

La History Channel américaine vient d'indiquer qu'elle refusait la diffusion de la fiction, jugée sévèrement par certains experts pour de prétendues inexactitudes historiques. La première diffusion de la minisérie la plus chère de l'histoire de la chaîne était prévue en mars.

Le producteur cherche un nouveau diffuseur aux États-Unis. HBO a catégoriquement décliné l'offre de jouer au substitut. Ici, par contre, la chaîne canadienne History Televison maintient son intention de programmer la controversée minisérie.

La production met en vedette Greg Kinnear dans le rôle du président assassiné John F. Kennedy (JFK) et Katie Holmes dans celui de son épouse Jackie. Son budget a été évalué à 25 millions de dollars.

Le réel et son double

La production est présentée depuis le début comme une oeuvre réaliste et non pas fantaisiste. Des travaux d'historiens et de biographes réputés sont cités comme sources donnant de la crédibilité au portrait de groupe.

La contre-attaque des savants s'avère d'autant plus cruelle. Des universitaires et des spécialistes reprochent par exemple au scénario de Stephen Kronish de dépeindre un président indécis sur la question des droits civiques et peut-être du mur de Berlin. Son frère Robert serait montré conciliant par rapport à la mafia.

La famille Kennedy — dont Caroline, la fille du président — aurait aussi formulé des reproches. Le producteur aurait notamment retiré une scène qui la choquait particulièrement où JFK, réputé chaud lapin, avait des relations sexuelles extraconjugales à la Maison-Blanche.

L'affaire a des ramifications idéologiques alors que l'Amérique se divise sur tous les fronts sociopolitiques. La présence de l'Américain Joel Surnow comme coproducteur ne calme pas le débat. M. Surnow, ouvertement républicain, se présente aussi comme un ami de l'animateur de radio hyperconservateur Rush Limbaugh. On lui doit déjà la série 24 (24 heures chrono), production en odeur paranoïaque très marquée par l'ère Bush.

Le documentariste engagé Robert Greenwald (on lui doit des essais filmés sur le réseau Fox et Wal-Mart) a lancé le mouvement Stop Kennedy Smears sur Facebook. Le site propose des entrevues avec des historiens, dont David Talbot, auteur d'un livre sur les frères Kennedy (John et Robert). «C'est une grande distorsion des faits, y dit-il. Et de lier mon livre à ce projet revient à de la diffamation.»

Environ 50 000 personnes auraient signé la pétition en ligne. «Nous avons gagné», affirme une déclaration mise en ligne à l'annonce du retrait de la programmation de History Channel de la minisérie, lundi. «C'est une grande victoire pour la postérité du président Kennedy et toute sa famille.»

Un travail méticuleux

La maison de production défend mordicus sa création. «Nous sommes extrêmement fiers du travail accompli par notre équipe talentueuse pour la réalisation de The Kennedys», affirme Michael Prupas, président de Muse, dans un communiqué diffusé sur le site de la compagnie. Il répète alors sa conviction d'avoir «méticuleusement documenté les détails du récit» (story) et de s'être assuré «qu'ils étaient soutenus par diverses sources respectées et objectives».

Le président Prupas rappelle ensuite que les dirigeants et l'historien de la chaîne américaine ont approuvé le scénario, comme tous les plans et tous les épisodes. Hier, dans une entrevue à la Presse canadienne, le producteur exécutif de la série, Jon Cassar, de Muse, ajoutait que la série a été constamment retouchée et que le résultat final s'avère «méconnaissable par rapport à la première mouture» sur laquelle se baseraient les critiques, jugées d'autant plus infondées.

Bref, les critiques auraient péché par impatience. Il a été impossible pour Le Devoir d'obtenir une entrevue avec un porte-parole de Muse hier.

Les entreprises de divertissements Muse (son nom officiel en français) existent depuis 1998. On doit à cette maison plus de 85 téléfilms et miniséries (dont l'adaptation des Piliers de la terre, en diffusion en ce moment), une dizaine de longues séries pour la télé et 17 longs métrages, dont le magnifique I'm Not There sur la vie de Bob Dylan.

Le siège social se trouve dans le Vieux-Montréal. La compagnie possède trois installations de production, à Montréal, Vancouver et Toronto. C'est là qu'a été tourné The Kennedys l'an dernier.

La maison assure que la minisérie aboutira sur les écrans d'une trentaine de pays dans le monde. On devrait logiquement la voir au Québec, en version doublée. La diffusion de la série par History Channel devait correspondre au 50e anniversaire de l'entrée en fonction présidentielle de J. F. Kennedy.

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