Au bûcher !

Nicolas Cage dans La Sorcière noire, de Dominic Sena<br />
Photo: Source Alliance Nicolas Cage dans La Sorcière noire, de Dominic Sena

Au XIIIe siècle, à l'entrée d'une ville fortifiée, un prêtre s'apprête à faire pendre trois présumées sorcières du haut d'un pont de pierre. Après que l'une d'elles l'a maudit, l'ecclésiaste procède à l'exécution des malheureuses, mais il omet de compléter un rituel destiné à empêcher toute résurrection inopinée. Quand on peut prédire par le menu les développements à venir dès les premières minutes d'un film, ce n'est jamais bon signe. En cela, Season of the Witch affiche une triste constance.

L'intrigue à trois sous annonce un drame fantastique moyenâgeux, puis elle bifurque le temps de s'offrir un deuxième prologue (!) avec une reconstitution des croisades n'ayant d'épiques que les ambitions, avant de revenir sur sa voie d'origine, avec châteaux sis dans la brume, pestilence, jeune fille accusée de sorcellerie, chevalier en quête de rédemption, vieux grimoire et lointain monastère à la clé. Arcanes guère mystérieux déclinés avec tout le sérieux de celui qui croit qu'on ne l'a pas vu venir. Loin de s'améliorer en progressant, l'intrigue laborieuse va périclitant. Avec ses moines zombis qui marchent au plafond, le dénouement évoque une parodie gore du film Le Nom de la Rose. Malheureusement, on se prend, à ce stade, très au sérieux.

Au fil de ses périls empruntés, le récit oppose maladroitement la raison à la superstition, la morale à la foi et, de manière on ne peut plus prosaïque, le bien au mal. Ambivalence révélatrice: le scénario bavard harangue l'Église chaque fois qu'il le peut par la bouche de son héros en énonçant l'évidence, les horreurs, les injustices, etc., avant de donner raison par défaut à la sainte institution, à la fin. Mais peut-être cette subtilité-là aura-t-elle échappé à la production, l'ensemble ne péchant pas par excès de finesse. En fait, la ringardise de l'exécution en général engendre chez le spectateur une sorte de stupeur incrédule.

Season of the Witch part d'une prémisse intéressante et rarement explorée au cinéma autrement que d'une manière sensationnaliste: les motifs douteux invoqués pour tuer de manière sadique, après les avoir torturées, quantité de femmes lors de la première Inquisition. Malheureusement, le film de Dominic Sena (Kalifornia, Gone in Sixty Seconds) ne se soucie pas d'approfondir un contexte qui n'est en définitive là que pour servir d'écrin vaguement lugubre à une action lourdingue. Histoire de rompre davantage le charme, on «améliore» la jolie campagne hongroise, photographiée en automne pour le meilleur effet, au moyen de très apparentes images de synthèse.

Après l'échec du remake malavisé de The Wicker Man, le trop occupé Nicolas Cage devrait se tenir loin de l'épouvante. Dans le rôle d'un croisé à la conscience tiraillée, l'acteur se fend d'une interprétation non pas retenue, mais monotone, avec un phrasé parfois médiéval, le plus souvent contemporain. On souhaiterait le voir revenir à des projets plus stimulants, tels Matchstick Men et The Weather Man. Mais peut-être la star se trouve-t-elle sous l'emprise d'un mauvais sort...?

***

Collaborateur du Devoir

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.