Année faible aux guichets pour le cinéma québécois

Une scène de Piché entre ciel et terre, avec Michel Côté.<br />
Photo: TVA Films Une scène de Piché entre ciel et terre, avec Michel Côté.

L'année 2010, qui comportait pourtant plusieurs bons titres et des productions commerciales destinées à attirer le client, se solde par une faible fréquentation aux guichets. Neuf pour cent des parts de marché pour le cru qui s'achève, comparativement aux treize pour cent de 2009, cuvée poussée par le vent de De père en flic.

Six films québécois ont néanmoins dépassé la barre stratégique du million en recettes en salle ces 12 derniers mois. Bon premier: Piché entre ciel et terre, drame biographique de Sylvain Archambault, a recueilli 3 578 400 $. Il est suivi par le succès inespéré d'une oeuvre plus difficile avec signature d'auteur: Incendies de Denis Villeneuve (2 575 300 $). Viennent ensuite Lance et compte le film de Frédéric D'Amours (1 967 800 $, mais toujours en salle), Filière 13 de Patrick Huard (1 747 400 $), Le Journal d'Aurélie Laflamme de Christian Laurence (1 051 000 $), Les Sept Jours du talion de Podz (1 040 000 $).

Parmi les demi-succès en salle: L'Enfant prodige de Luc Dionne (784 900 $), Y'en aura pas de facile de Marc-André Lavoie (660 500 $) ainsi que Les Amours imaginaires de Xavier Dolan (502 300 $, pourtant auréolé d'une sélection à Cannes).

On constate par ailleurs l'échec ou le demi-échec d'oeuvres destinées au grand public. Même Filière 13 attendait davantage, mais il n'a guère su convaincre. Plus étrange:

l'excellente comédie Cabotins d'Alain Desrochers n'a récolté que 286 300 $. Le très décevant Poil de la bête de Philippe Gagnon, oeuvre d'époque aux couleurs surréalistes, n'aura réussi qu'à engranger 70 600 $ en recettes. L'Appât d'Yves Simoneau, qui a pris tard l'affiche mais qui déçoit, ne semble pas parti pour moissonner gros lui non plus.

Plusieurs films d'auteur de bon calibre auraient mérité de rencontrer bien davantage leur public. On pense à des oeuvres comme le road-movie Route 132 de Louis Bélanger (290 900 $) et, sur un thème voisin, aux films À l'origine d'un cri de Robin Aubert (176 600 $), The Trotsky de Jacob Tierney (216 800 $), Trois temps après la mort d'Anna de Catherine Martin (56 400 $). Plus triste encore, Curling de Denis Côté, coiffé pourtant de deux prix au Festival de Locarno et avec une grande interprétation d'Emmanuel Bilodeau, n'a amassé que 11 500 $ en recettes.

Bref, malgré une cuvée fort éclectique, souvent intéressante, parfois ambitieuse, mais avec plusieurs thèmes sombres qui semblent avoir rebuté le grand public — même 10 1/2 de Podz (un maigre 290 900 $ aux guichets) y a goûté — et peu de nouveaux noms pour créer la surprise, l'année qui s'achève n'aura pas attiré en grand nombre les cinéphiles devant leurs films maison. Il est vrai que les longs métrages hollywoodiens en 3D, dont Avatar de James Cameron (15 millions aux guichets québécois), se taillaient de leur côté la part du lion.