Cinéma - La vie secrète, et sexuelle, des gens âgés

Le bédéiste Pascal Rabaté fait ses premiers pas au cinéma en abordant un univers qu'il connaît bien: le sien. Il signe l'adaptation d'un de ses albums, Les Petits Ruisseaux, évocation amusante de la vie paisible, secrète et sexuelle des gens du troisième âge. Avec moins d'intensité que le cinéaste allemand Andreas Dresen dans Cloud 9, Rabaté observe, avec discrétion mais sans fausse pudeur, la vivacité d'un désir qui n'a vraiment pas pris une ride.

Ce n'est pas ce que croit Émile (excellent Daniel Prévost), un veuf solitaire qui cultive le souvenir de sa tendre épouse comme si sa propre vie s'était interrompue au moment de sa mort. C'est son ami Edmond (truculent Philippe Nahon) qui, sans le savoir, réveille en lui ses vieux démons (du midi); sous ses dehors débonnaires, Edmond dévoile à son compagnon de pêche une perversité parfaitement assumée, dans ses innombrables tableaux de femmes nues et ses fréquentations. Après sa mort, rapide et inattendue, Émile fait la connaissance d'une de ses flammes, Lucie (Bulle Ogier, évanescente), mais l'homme est plutôt malhabile à jongler avec les codes de la séduction. C'est sur la route, loin des siens et au milieu d'une joyeuse bande de hippies à la sauce d'aujourd'hui, qu'il va découvrir quelques plaisirs interdits, ou oubliés.

Empreinte d'un calme campagnard, ponctuée d'images de nudité étonnantes, cette chronique des amours sans âge se démarque par un humour délicat, sans effets trop appuyés. Pascal Rabaté offre ici une bonne dose d'espoir à tous ces êtres esseulés ainsi qu'un vibrant plaidoyer de solidarité intergénérationnelle, le tout pimenté d'un léger soupçon d'effronterie. Tout cela sans tambour, sans trompette, ni vulgaires courbettes.

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Collaborateur du Devoir