Alice au pays des logiciels

Exception faite du gentil E.T., l'année 1982 ne fut guère clémente pour la science-fiction. Le brillant The Thing, de John Carpenter, se fit descendre en flammes et Blade Runner, l'opus visionnaire de Ridley Scott, mordit la poussière. Plus lucratif, mais loin d'atteindre les sommets escomptés, TRON, avec son approche novatrice, parut vite daté. Disney avait beaucoup misé sur ce film et en cela, TRON: Legacy constitue une sorte de correctif, voire une revanche.

TRON relatait les aventures de Kevin Flynn, un informaticien piégé à l'intérieur de son propre jeu vidéo. Dans TRON: Legacy, on suit cette fois son fils, Sam, dans le terrier virtuel puis au pays des logiciels, là où Kevin disparut jadis pour de bon, une nuit de 1989. Dans cette matrice informatique règne en autocrate le superprogramme Clu, que Flynn conçut à son image au temps de ses premières découvertes. Épaulé par une intrépide rebelle, Sam tentera de rapatrier son père. Et tout ce beau monde de parler d'algorithmes et d'équations. On ne saisit pas tout, et c'est probablement mieux ainsi. En filigrane de cet air connu efficacement enchaîné, on plaide pour la gratuité technologique, on met en garde contre les mégalomanes d'Internet.

D'entrée de jeu, le premier long métrage de Joseph Kosinski, un jeune spécialiste de l'imagerie assistée par ordinateur, impressionne favorablement en ramenant sa star originale, Jeff Bridges, des années en arrière. Lors du prologue et, plus tard, dans le rôle de Clu, on croirait le revoir à l'époque de Starman. Subtil, l'effet est très réussi. Qu'en est-il de l'univers virtuel promis? Grandiose, raffiné, et bourré de trouvailles qui s'épanouissent au son de la formidable trame musicale électro de Daft Punk, qui convoque volontairement certaines sonorités de celle, devenue classique, que Vangelis signa pour... Blade Runner.

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Collaborateur du Devoir