Des clichés à la tonne

Guy A. Lepage et Rachid Badouri dans une scène de L’Appât<br />
Photo: Source Alliance Guy A. Lepage et Rachid Badouri dans une scène de L’Appât

On peut, dans notre propre cour, aligner des titres comme Bon cop, bad cop ou De père en flic, en pensant également à OSS 117 du côté de la France et à un tas de productions américaines, car les filiations sont nombreuses, visibles, qui mènent à cet Appât auquel on accolerait avec peine l'épithète «original», et encore moins «subtile».

Vingt ans qu'Yves Simoneau n'avait pas tourné au Québec. Le cinéaste des Yeux rouges et de Pouvoir intime a beaucoup tiré parti de son long passage à Hollywood (Nuremberg, Bury My Heart at Wounded Knee, etc.). Il sait faire crépiter de rebondissantes scènes d'action filmées avec un professionnalisme évident. Rien à redire non plus contre le montage nerveux, efficace à la manière américaine et sans temps morts. Sur le plan technique, pour ce type de production: chapeau!

Le problème est ailleurs, dans le scénario aux clichés servis chauds ou froids, mais innombrables. Voici donc Simoneau qui, pour son grand retour, reprend l'essence du tandem Bon cop, bad cop, sur un mode encore plus agité: cascades, pow! pow!, poursuites, explosions, mort d'un parrain de la mafia, corruption policière. Mais de lieux communs en lieux communs, le fond de l'affaire défaille, vide, aux abonnés absents.

Et dire que ça va marcher. On en mettrait sa main au feu! D'abord parce que le film donne la vedette au populaire Guy A. Lepage, absent du cinéma depuis Camping sauvage, ici aux côtés de l'humoriste Rachid Badouri dans un duo d'enquêteurs.

Et puisqu'on en est à l'heure des clichés, parlons du personnage qu'incarne Lepage: celui d'un flic plus sot que le plus sot des sots. Il incarne Prudent Poirier (ça ne s'invente pas), épais à hurler, qui ne sait pas s'exprimer, ignorant, âme simple attirant toutes les catastrophes, qui s'en sort par la vertu de l'innocence. Archétype ici du Québécois pure laine dans le miroir duquel on n'a guère envie de se regarder. La bête est livrée sans aucune nuance et l'interprète se voit réduit à des mimiques qui laissent planer des doutes sur son registre dramatique. Sur une seule note. Dans Bon cop, bad cop, du moins, le personnage de Huard avait son charme. Poirier, simpliste, tient du Ver de Cruising Bar. Lepage aurait-il pu le jouer autrement? Il en fait des tonnes dans ce rôle de crétin fini, mais il n'avait guère de répliques pour se tirer d'affaire de toute façon.

À ses côtés et aux antipodes du perdant québécois emblématique: Ventura, l'étranger polyglotte, membre des services sociaux français, aux réflexes d'enfer, mais dont les origines marocaines impliquent un amour inconditionnel et infantile pour sa maman (inévitable cliché sur les Arabes), donne matière à ricanements. L'humoriste Rachid Badouri, pour un premier rôle au cinéma, est une autre caricature, mais du moins amusante.

Précisons que notre Poirier a recueilli les dernières paroles d'un caïd de la mafia italienne détenteur de secrets aux odeurs de milliards. Alors, Ventura s'immisce comme faux stagiaire à ses côtés pour le cuisiner, sous l'oeil des huiles policières françaises et québécoises. Ça se bouscule d'autant plus qu'une belle femme noire à la gâchette facile fait la vie dure au tandem boiteux.

Nul ne s'étonnera de l'amitié nouvelle qui finira par unir les deux flics sans aucun point commun, une fois passé le choc culturel, copie carbone du duo de Bon cop, bad cop.

À prendre au second degré? On veut bien, encore que les gags pas drôles se jouent surtout au premier. On aurait adoré que Simoneau revienne au Québec mieux inspiré et surtout plus fin, hors du champ de la virtuosité des explosions, poursuites et compagnie, histoire de dire vraiment quelque chose. Hélas!