La tyrannie du sujet

La Rafle peine à trouver le ton juste, s’essayant à la chronique intimiste, à la fresque historique ample, puis tâtant du film choral.<br />
Photo: Source Séville La Rafle peine à trouver le ton juste, s’essayant à la chronique intimiste, à la fresque historique ample, puis tâtant du film choral.

En juillet 1942, à Paris, 13 000 Juifs furent entassés dans le Vélodrome d'hiver. Au dedans: dénuement, promiscuité; au dehors: indifférence complice, réjouissance discrète. Sous le régime de Vichy, la collaboration se propagea telle une gangrène. La résistance, car il y en eut une, n'apparaît dans ce contexte que plus admirable.

Campée à la veille du déclenchement de la sinistre opération «Vent printanier», l'intrigue de La Rafle épouse surtout le point de vue de Jo Weismann, 10 ans. De la butte Montmartre à l'internement et aux convois de la mort, on suit le destin de ce jeune Juif déjà stigmatisé par le port de l'étoile jaune qui croisera la route d'une infirmière de camp dévouée.

Pour toutes ses bonnes intentions, La Rafle peine à trouver le ton juste, s'essayant à la chronique intimiste, à la fres-que historique ample, puis tâtant du film choral avant de revenir à Jo, très à l'aise ni dans l'une ni dans l'autre approche. Écrit à partir du témoignage du vrai Joseph Weismann, aperçu en vieux voisin, le scénario a pour lui un sujet important. Malheureusement, le manichéisme de la proposition finit par avoir raison de la meilleure des volontés. Ainsi, la réalisatrice et scénariste Rose Bosch (Animal, de triste mémoire) force-t-elle la note gentille d'un côté et vile de l'autre afin de clarifier davantage l'évidence, en plus d'appuyer chaque enjeu dramatique au moyen d'une parole surexplicative, d'une caméra surdémonstrative et d'une musique... vous avez saisi l'idée générale.

On tâchera d'oublier les apparitions d'Hitler dignes d'un vaudeville, avec un Führer plus apparenté à Mel Brooks qu'à Bruno Ganz. L'interprétation, notamment celle de Mélanie Laurent (Inglourious Basterds, Le Concert) dans le rôle de la vaillante infirmière Annette Monod, s'avère étonnamment fade. Supportant une bonne partie du poids du film, Hugo Leverdez convainc en Joseph, mais ses jeunes confrères sont moins crédibles.

Pour l'Occupation perçue à travers les yeux d'un petit garçon, on voudra plutôt revoir Au revoir les enfants, de Louis Malle. Pour l'exploration des mécanismes de la collaboration, ce sera de nouveau Lacombe, Lucien, du même auteur, et pour ceux de la résistance, L'Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. Quant à la rafle du Vél d'hiv, et même si elle ne survient qu'en fin de film, sans doute son évocation la plus troublante se retrouve-t-elle encore dans Monsieur Klein, de Joseph Losey, oeuvre plus ardue, certes. Au moins, celle de Rose Bosch aura-t-elle eu le mérite de se révéler utile en attirant sur le sujet l'attention de trois millions de spectateurs en France...

***

Collaborateur du Devoir