Les 9es Sommets du cinéma d'animation de Montréal - Beaucoup d'animation(s)

La Formation des nuages, de Marie-Hélène Turcotte<br />
Photo: ONF La Formation des nuages, de Marie-Hélène Turcotte

La Cinémathèque québécoise affiche toujours en décembre des allures de fête, et cette fébrilité n'a rien à voir avec le clinquant tapageur de Noël. Pour la neuvième fois, le cinéma d'animation quitte sa discrétion habituelle pour prendre toute la place, celle des Sommets!

L'événement attire un public nombreux, fidèle, avide de découvertes et sensible aux démarches artistiques les plus variées, à l'image de la diversité des techniques utilisées par les cinéastes qui, par choix ou par nécessité, ne sont pas tous convertis aux splendeurs et misères du numérique. À partir d'aujourd'hui et jusqu'au 5 décembre, les Sommets du cinéma d'animation de Montréal font la preuve que le rouleau compresseur de la mondialisation n'a pas totalement laminé l'esprit d'artisanat — et la patience légendaire! — de ces créateurs.

Avec ses programmes pour tous les âges, ses ateliers, ses expositions et ses rencontres informelles avec plusieurs artistes de tous les horizons, les Sommets vont donc provoquer beaucoup d'animation(s) à la Cinémathèque. On pourra ainsi croiser le cinéaste japonais Koji Yamamura, temporairement installé à l'ONF avec ses crayons pour y compléter son dernier film, Muybridge's Strings. Cet habile fabricant de «rêves métaphysiques» donnera un cours de maître le samedi 4 décembre à 14h30. Les spectateurs pourront aussi échanger avec le cinéaste et bédéiste Francis Desharnais, également créateur de l'habillage visuel des Sommets.

Au coeur de ce joyeux brouhaha, il y a, bien sûr, les oeuvres, près de 25 titres internationaux, plus d'une dizaine signés par nos compatriotes, dont quelques récents bijoux des studios d'animation de l'ONF (La Tranchée, de Claude Cloutier, La Formation des nuages, de Marie-Hélène Turcotte, Les Journaux de Lipsett, de Théodore Ushev), une vaste sélection de films étudiants, de films publicitaires et un coup de chapeau mérité au cinéma polonais.

C'est au cinéaste russe Garri Bardine que revient l'honneur d'ouvrir ce soir l'événement avec Le Vilain Petit Canard, une adaptation musicale du conte de Hans Christian Andersen, utilisant ici la technique de la pâte à modeler. Le coup d'envoi aura tout de même une saveur québécoise puisque le long métrage est précédé d'un court film signé Renaud Plante et Matthieu Goyer. Dans Un monde à découvrir, les deux réalisateurs rendent un vibrant hommage aux pouvoirs infinis de la lecture, l'illustration du parcours de toute une vie pour un personnage transformé par les auteurs, nombreux, qu'il fréquente assidûment.

Amorcé dans le cadre d'un concours initié par de grandes bibliothèques mais qu'ils vont délaisser pour la vitrine des Sommets, Un monde à découvrir en dit plus sur le bonheur de lire que bien des campagnes promotionnelles. Renaud Plante, le fils de l'écrivain et scripteur Raymond Plante décédé en 2006, s'est d'ailleurs retrouvé dans la position de l'héritier devant l'imposante bibliothèque de son père. L'idée du court métrage existait avant son triste départ, mais «après son décès, le film prenait un autre sens», souligne le cinéaste en entrevue.

Toujours avec la complicité de Matthieu Goyer, dont Renaud Plante avait découvert la démarche sur ARTV alors que l'on diffusait un de ses films d'animation, Arthur et la fleur, les deux comparses préparent justement l'adaptation d'un roman de Raymond Plante, intitulé Pas sérieux, utilisant à nouveau la technique des marionnettes, celle qui fait tout le charme d'Un monde à découvrir. Avec ce court métrage au budget rachitique mais débordant de poésie et suscitant déjà beaucoup d'enthousiasme, Renaud Plante se dit encore surpris d'ouvrir les Sommets. «Notre film cohabite avec d'autres beaucoup plus impressionnants sur le plan technique, comme Danny Boy de Marek Skrobecki, mais en animation, dit-il avec philosophie, tu peux faire des choses superbes avec peu de moyens.» Ce ne sont pas les habitués des Sommets qui vont le contredire.

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Collaborateur du Devoir