À un cheveu de la perfection

Raiponce offre à un public de tous les âges un divertissement rarement soumis à la dictature de la mièvrerie.<br />
Photo: Buena Vista Raiponce offre à un public de tous les âges un divertissement rarement soumis à la dictature de la mièvrerie.

Longtemps maître incontesté du long métrage d'animation pour les 7 à 77 ans, les studios Disney ont vu leur suprématie s'effondrer devant la créativité impertinente des bonzes de Pixar, amorcée en 1995 avec Toy Story. La suite de l'histoire est jalonnée de succès et Disney restait souvent à la traîne.

Ce n'est plus vrai devant Tangled, la brillante fantaisie de nouveaux venus, Nathan Greno et Byron Howard, usant du fameux «Il était une fois» avec une intelligence redoutable, tout en conservant les éléments qui constituent la marque de commerce du studio: le romantisme rose bonbon, une propension pour l'anthropomorphisme et, bien sûr, des mélodies accrocheuses pour transformer nos coeurs en guimauve.

Tout cela se retrouve en abondance dans ce conte inspiré des frères Grimm qui évoque la captivité d'une princesse — totalement ignorante de ses origines — par une méchante marâtre déterminée à conserver sa jeunesse éternelle. Celle-ci repose sur le pouvoir magique de la belle Raiponce et de sa chevelure magnifique. Or la belle ingénue en troquerait la blondeur, et la longueur, pour sortir de cette tour destinée à la protéger du monde extérieur, qu'elle ne connaît pas. L'arrivée impromptue d'un séduisant voleur de grands chemins, et de couronnes royales, va lui permettre de respirer un autre air, d'en découvrir beaucoup sur celle qui se prétend sa mère et sur le sang bleu qui coule dans ses veines.

D'une drôlerie sans pareil, d'une finesse technique remarquable, Tangled offre à un public de tous les âges un divertissement rarement soumis à la dictature de la mièvrerie. C'est pourquoi personne ne se surprend de voir un cheval se transformer en fin limier et une poêle en fonte devenir une arme de destruction massive.

Même si Tangled n'affiche jamais l'impertinence adolescente de Shrek ou la maîtrise exceptionnelle des artisans de Toy Story 3, cette production soignée, au rythme enlevant, va forcer Disney à quitter pour de bon le confort esthétique passéiste dans lequel ses artisans aimaient se réfugier. Se contenter du parfum nostalgique d'une production comme The Princess and the Frog après avoir été conquis par la chevelure magnifique de Raiponce, autre objet utilisé ici avec autant de poésie que de virtuosité, n'est plus souhaitable. Que les 7 à 77 ans se passent le mot.

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Collaborateur du Devoir

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Tangled
(v.f.: Raiponce)
Réalisation: Nathan Greno, Byron Howard. Scénario: Dan Fogelman, d'après l'oeuvre de Jacob Grimm et Wilhem Grimm. Avec les voix (version anglaise) de Mandy Moore, Zachary Levy, Donna Murphy. Montage: Tim Mertens. Musique: Alan Menken. États-Unis, 2010, 100 min.