Cinéma - Entre enchantement et nazisme

Andrei Konchalowsky, cinéaste russe s'étant surtout illustré aux États-Unis (Maria's Lovers, Runaway Train), est retourné en Europe afin de concrétiser un vieux rêve: adapter, avec des comédiens, le célèbre conte d'Hoffmann Casse-Noisette et le roi des souris en y incorporant une bonne dose de la version scénique de Tchaïkovski.

The Nutcracker in 3D (pas de version française annoncée pour l'instant) risque de déconcerter quiconque s'attend à une transposition fidèle du bien-aimé ballet. Malgré l'utilisation des principaux airs du compositeur, par-dessus lesquels Tim Rice a ajouté de fort oubliables paroles, c'est davantage du côté du conte originel que lorgne Konchalovsky.

Transposé dans le Vienne du début des années 1920, le film débute le soir de Noël, alors que la jeune Mary (Elle Fanning, impeccable) reçoit un casse-noisette de son oncle Albert (Nathan Lane, qui s'amuse ferme). Pendant la nuit, la figurine de bois prend vie et entraîne Mary dans un monde parallèle aux prises avec le vil prince des rats (John Turturro, méconnaissable), dont l'armée brûle les jouets des enfants tandis que la reine (Frances de la Tour, délectable dans un double rôle) picole en haut de sa tour.

D'abord empreinte de la féerie attendue, l'histoire s'assombrit lorsqu'entrent en scène les rats, ces derniers revêtant l'apparence d'humains aux faciès de rongeurs dans le volet enchanté. Lequel se nourrit de références ouvertes au nazisme, mais aussi d'imagerie empruntée à Metropolis, de Fritz Lang. Inattendue, l'approche déplaira souverainement aux puristes, mais elle fonctionne assez bien dans le contexte choisi par Konchalovsky.

Empreinte d'un charme désuet, cette interprétation très personnelle d'un classique oppose distinctement la tradition à la technologie. Les effets spéciaux, outre les désormais incontournables images de synthèse, reposent en grande partie sur les miniatures et l'animatronique. Le résultat, dans une certaine mesure, rappelle l'adaptation de L'Histoire sans fin, par l'Allemand Wolfgang Petersen, ou encore les fantaisies tchèques d'Oldrich Lipskiy (Vive les fantômes!) et d'Ota Koval (Le Prince des chats). Un mélange similaire de noirceur et de fantasmagorie, plus Europe de l'Est que Hollywood, se dégage de ce Nutcracker in 3D.

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Collaborateur du Devoir