Une question de persévérance

«Le festival est là pour de bon. On est devenu une institution», dit Jacques Matte.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir «Le festival est là pour de bon. On est devenu une institution», dit Jacques Matte.

Jacques Matte, qui dirige ce rendez-vous de films, se souvient de l'époque où, avec l'équipe du championnat sportif québécois, il était parvenu à attirer Muhammad Ali à Rouyn-Noranda. Les délibérations, le rêve fou d'accueillir dans la capitale du cuivre le roi des boxeurs sont gravés dans sa mémoire. «C'était l'inaccessible étoile, évoque-t-il. Personne n'y croyait.»

Mais voici que le festival abitibien, qui démarre ce samedi, lancera le documentaire Voir Ali de Martin Guérin, cinéaste de Rouyn-Noranda, qui remonte le cours de cette aventure avec documents d'archives et témoignages. Muhammad Ali, ex-Cassius Clay, avait bel et bien répondu à l'appel en 1983. «Les gens voulaient qu'il donne une conférence sur la boxe, mais il en a fait une sur l'Islam... Sa venue avait attiré beaucoup de monde.»

Jacques Matte n'en revient pas de voir le festival abitibien voler vers ses trente ans, avec toujours le même triumvirat à sa tête: Jacques Matte, Louis Dallaire et Guy Parent. «Le festival est là pour de bon, constate-t-il. On est devenu une institution.»

Au menu: 36 premières, dont 16 mondiales, 35 films primés dans de grands festivals, des oeuvres qui proviennent de 25 pays. Le rendez-vous ouvre samedi avec Reste avec moi, de Robert Ménard, et se termine sur l'extraordinaire Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois. La manifestation attire de 18 000 à 20 000 personnes, toutes activités confondues. Il ne peut plus grossir, bassin de population oblige, juste maintenir la cadence.

D'ici et d'ailleurs

Le directeur est fier du nombre d'oeuvres abitibiennes ou traitant de l'Abitibi au programme de l'année. Les Fros, documentaire de Stéphanie Lanthier, sera lancé en première mondiale là-bas avant d'ouvrir à Montréal Les Rencontres du documentaire. Il parle des nouveaux bûcherons de la région, débroussailleurs en grande partie issus de l'immigration, qui se mêlent à la vieille garde. À la sélection également: Noire soeur de Marie-Claude Paradis-Desfossés, sur l'héritage des communautés religieuses d'Amos.

«Il y a aussi le projet Jayan V, de Jean Caron, une série de science-fiction que des jeunes du coin ont lancée sur Internet, puis mise sur DVD. On va en faire la projection au cinéma Paramount.»

Parmi les oeuvres internationales présentées, Jacques Matte souligne la présence de La Tête ailleurs du Français Frédéric Pelle. «L'histoire d'un gars qui veut voyager, mais reste dans son petit monde.» Et des Invités de mon père d'Anne Le Ny, avec Karin Viard et Fabrice Luchini, sur fond de chaos et d'engagement humanitaire. Au menu également: Octubre des Péruviens Daniel et Diego Vega, lauréat du Prix du jury dans la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes. Diego Vega sera sur place.

Côté Québec, le festival de Rouyn pourra entre autres présenter à son public, avant leur sortie en salle, 10 1/2 de Podz et Curling de Denis Côté.

«Il y a aussi le documentaire road-movie Fous de leur village, de Vincent Audet-Nadeau, ajoute Jacques Matte, avec Stéphane Gendron, le maire de Huntingdon, qui parcourt le Québec en recueillant les témoignages des populations de villages, nombreuses à se battre pour garder leur coin de terre.»

L'an prochain, le festival célébrera ses 30 ans avec faste. Le secret de sa longévité, pari difficile en région éloignée? «La persévérance, ma chère!»