Odyssée conventionnelle, mais efficace

Scène tirée du film Conviction, de Tony Goldwyn.<br />
Photo: Source Fox Scène tirée du film Conviction, de Tony Goldwyn.

Il y a des films de producteurs, des films de cinéastes et des films d'acteurs. Conviction est un film d'acteurs. Un film de Hilary Swank, pour être plus précis. En effet, l'actrice cultive ici son mythe d'enfant des bas-fonds élevée dans un parc de roulottes, grimpée au firmament des étoiles hollywoodiennes par la force de sa volonté. Un mythe dont ses rôles dans Boys Don't Cry et Million Dollar Baby, qui lui ont tous deux permis de remporter l'Oscar de la meilleure actrice, ont jeté les bases. Conviction vise à le perpétuer, et pourquoi pas à convaincre les derniers sceptiques.

Dans ce film frappé du sceau «histoire vraie» et signé Tony Goldwyn, Swank joue le rôle de Betty Anne Waters, une mère de famille du Massachusetts qui a grandi dans différents foyers d'accueil avec son frère Kenny (Sam Rockwell). Afin de le sortir de prison, où il purge une peine à perpétuité pour le meurtre d'une voisine qu'il n'a pas commis, celle-ci va entreprendre des études de droit à temps partiel, lesquelles vont ruiner son mariage et fragiliser sa relation avec ses deux fils. La remise du diplôme va coïncider avec l'adoption d'une nouvelle méthode d'enquête: l'analyse d'empreinte génétique (ADN), qui a disculpé son frère.

L'acteur-réalisateur Tony Goldwyn, qui travaille surtout à la télévision (Damages, Dexter, The L Word), actionne un à un les leviers d'une odyssée conventionnelle, mais efficace contre le conditionnement social et le vilain système de justice. Découragement, courage, détermination, abnégation, indignation, confessions et demi-victoires sont au programme de ce feuilleton qui défile sans surprise, mais sans temps mort, exception faite d'un dernier acte à dénouements multiples, qui s'étire inutilement.

Swank joue juste, dans un rôle qu'on compare désavantageusement à celui d'Erin Brockovich. À l'inverse, l'actrice est avantagée par Minnie Driver, qui, en copine d'université mieux née, en fait des tonnes dans la plupart des scènes où elle apparaît. Mais c'est Sam Rockwell, en frère désespéré, la fêlure béante du bum animal piégé par son destin, qui épate avec un jeu tout en nuances, limité dans ses mouvements toutefois. Si Conviction est à la hauteur du mythe de Hilary Swank, le talent de cet acteur passe-partout découvert dans Confessions of a Dangerous Mind ne semble pas avoir été exploité à son plein potentiel. C'est du moins ma conviction.

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Collaborateur du Devoir