De préoccupations en rencontres

Robert Ménard<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Robert Ménard

Le film Reste avec moi ouvre ce soir la 29e édition du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue en présence du réalisateur Robert Ménard et de toute son équipe de comédiens.

Reste avec moi constitue la plus récente d'une longue série de collaborations entre le réalisateur Robert Ménard et la scénariste Claire Wojas, qui a écrit pour lui, entre autres, T'es belle, Jeanne, Cruising Bar 1 et 2 et L'Enfant d'eau. «Avec Claire, on est comme des enfants. On a du plaisir», confie Ménard, en expliquant du même souffle que tous deux travaillent de la même manière depuis leur première rencontre, il y a 26 ans.

Leur nouvelle production, Reste avec moi, adopte une structure narrative en mosaïque à l'intérieur de laquelle se croisent et se décroisent les destins d'un vieil homme qui a tout perdu et dont la femme est atteinte d'alzheimer, d'un jeune couple beau et prospère qui vient d'apprendre que son enfant à naître risque d'être trisomique, d'une fillette asthmatique qui en veut à sa mère de la forcer à se départir de son chaton bien-aimé, d'un immigrant iranien et de son épouse à qui leur terre d'accueil n'a de cesse d'en faire baver, et, enfin, d'un ébéniste et de sa conjointe, une peintre souffrant d'alcoolisme.

«C'est ce dernier personnage qui s'est d'abord imposé à Claire. De mon côté, j'étais très touché par les scènes de violence ordinaire dont je suis témoin chaque jour à Montréal. Le niveau d'agressivité des gens me préoccupe. Maintenant, j'attends toujours un peu à la lumière verte parce que je sais qu'un autre automobiliste va brûler le feu rouge», se désole Robert Ménard.

Rôles parlés

Qui dit récits multiples dit distribution nombreuse. Une dizaine de comédiens d'âges et de métiers divers se partagent autant de rôles d'à peu près égale importance. Pour le réalisateur, certains visages se sont imposés très tôt. «Je voulais Gérard Poirier. Je l'imaginais, je le voyais. Il parle et ça m'émeut. J'ai aussi tout de suite approché Louis Morissette. Il sent l'argent sans complexe, laisse tomber Robert Ménard en riant. Il a réussi. Avec Maxim Roy, qui est magnifique et qui tourne sans arrêt, je trouvais qu'ils correspondaient à cette image que j'avais du couple Simon-Sophie à qui tout sourit. Le drame qui leur tombe dessus n'en est que plus percutant.»

Autodidacte de la mise en scène, Robert Ménard reconnaît d'ailleurs volontiers fonctionner à l'instinct. «Je vois mon film. Tout est dans ma tête. En préproduction, j'effectue un découpage détaillé des scènes — avec 30 jours de tournage, c'est pas le temps d'expérimenter — et j'explique ce que je veux à mon directeur photo. Par exemple, cette fois-ci, on a travaillé exclusivement en longue focale afin d'avoir des gros plans très isolés du décor.»

Le réalisateur, qui dit avoir aimé l'expérience de diriger plusieurs récits contigus, avoue se sentir très à l'aise dans le registre dramatique. «Le drame, ça demeure plus facile que la comédie. Prenez Danielle Proulx, qui interprète Maggie, la peintre alcoolique. Y'a qu'à appuyer sur le bouton et elle pleure!», résume Robert Ménard en y allant d'un autre éclat de rire.

L'équipe de Reste avec moi rencontrera ce soir le public de Rouyn-Noranda lors de la soirée d'ouverture du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Le film prendra ensuite l'affiche un peu partout vendredi prochain.

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Collaborateur du Devoir