Vigoureusement rigoureux

Inside Job a beau être un documentaire, genre un peu rébarbatif aux habitués du cinéma de fiction, l'enquête menée par son réalisateur, Charles Ferguson (No End in Sight), afin de déterminer les causes de la crise financière de 2008, d'en trouver la séquence événementielle et d'en nommer les coupables est à ce point exaltante et intelligemment articulée que les amateurs du cinéma de genre peuvent y trouver leur compte.

Prenant le contre-pied de la méthode impressionniste et humoristique de Michael Moore privilégiée dans son récent Capitalism: A Love Story, Ferguson accouche d'un documentaire vigoureux et rigoureux, qui n'exclut par l'humeur et l'humour, mais les laisse venir sans forcer au gré d'un récit choral qui emmêle les voix de 37 spécialistes et «acteurs» du domino économique qui a ruiné des centaines de milliers de ménages d'Amérique et d'ailleurs, des images d'archives inédites, des présentations graphiques attrayantes rappelant ceux d'An Inconvenient Truth, d'éloquentes prises de vue aériennes de Manhattan, épicentre de la crise, le tout soudé par la narration laconique de Matt Damon. Le résultat est un film énergique, d'une plastique sophistiquée et d'une sidérante limpidité, qui vulgarise le complexe sans bêtifier le propos.

Partant de Ronald Reagan, le premier à imposer une politique de déréglementation des marchés boursiers, jusqu'à la composition suspecte du cabinet de Barack Obama et au sauvetage des grandes banques, Ferguson, l'âme à la vengeance, ne donne le bon Dieu sans confession à personne. C'est sans doute ce qui rend son film si crédible. Et si effrayant, quand on y pense.

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Collaborateur du Devoir