Histoire d'un long métrage qui a pris le large

Contracorriente relate les déboires de Miguel, un pêcheur dont l’épouse Mariela accouchera sous peu de leur premier enfant au moment même où Santiago, l’amant de Miguel, s’impatiente...<br />
Photo: Image + nation 2010 Contracorriente relate les déboires de Miguel, un pêcheur dont l’épouse Mariela accouchera sous peu de leur premier enfant au moment même où Santiago, l’amant de Miguel, s’impatiente...

Difficile d'attraper au vol — littéralement — le jeune cinéaste péruvien Javier Fuentes-León. En effet, dans la dernière semaine seulement, son premier long métrage Contracorriente l'aura fait voyager entre son pays natal, le Mexique et les États-Unis; Lima, Morelia, Los Angeles, Seattle, et encore la cité des anges où, au détour d'un transit, Javier Fuentes-León trouve le temps de contacter Le Devoir. La «broue dans le toupet», monsieur Fuentes-León? «Le film est sélectionné un peu partout, c'est un rêve. Je suis vraiment choyé», s'extasie-t-il au bout du fil.

Une longue gestation

Au moyen d'un procédé narratif qui fait explicitement référence au classique brésilien Dona Flor et ses deux maris, Contracorriente, qui se traduit par «contre-courant» (la version sous-titrée en anglais propose plutôt Undertow, qui signifie «ressac»), relate les déboires de Miguel, un pêcheur dont l'épouse Mariela accouchera sous peu de leur premier enfant au moment même où Santiago, l'amant de Miguel, s'impatiente et menace de s'exiler. Sans nouvelles de lui pendant quelques jours, Miguel est stupéfait de croiser Santiago dans sa propre cuisine en présence de Mariela qui, manifestement, ne voit pas ce dernier. «Je me suis noyé», d'annoncer un Santiago désemparé. «Le film de Bruno Barreto, Dona Flor et ses deux maris, est tiré d'un roman très populaire de Jorge Amado. Avant même de commencer la scénarisation de Contracorriente, ce concept du disparu qui revient hanter l'être aimé était déjà bien présent dans mon esprit.»

Car ce récit-là, l'auteur le porte en lui plusieurs années, lui donnant initialement différentes formes et incarnations. «Lors d'un cours de scénarisation, j'ai écrit une scène tirée d'un récit hypothétique dans laquelle un homme se réveille en pleine nuit et va à la cuisine où sa maîtresse décédée, la prostituée locale, pleure, assise par terre. Ils discutent, mais l'épouse interrompt sans le savoir cette étrange conversation. Car bien sûr, seul le mari peut voir l'apparition.» La même année, l'étudiant Fuentes-León tire de cette prémisse Mariela's Kitchen, une pièce en huis clos à trois personnages: la femme, l'époux et la maîtresse spectrale.

L'aboutissement

Dès lors que la possibilité de réaliser un premier long métrage se dessine, Javier Fuentes-León revient tout naturellement à cette intrigue qu'il estime alors ne pas avoir encore amenée à maturité. «À ce stade, j'en avais terminé avec mes problèmes identitaires; j'étais sorti du placard. C'est dans cet état d'esprit libre que j'ai commencé la rédaction du scénario de Contracorriente. Avec l'élément homosexuel, le triangle amoureux gagnait, je pense, en potentiel dramatique considérant le contexte, ce petit village de la côte péruvienne très refermé sur lui-même. Chose certaine, l'histoire devenait sous cet angle plus personnelle. Il n'y a là rien d'autobiographique, mais les thèmes et les enjeux me sont très chers.»

Entièrement tourné dans un hameau pittoresque sis le long du Pacifique, à plus de 18 heures de route de Lima, la capitale, Contracorriente recèle sa bonne part de défis techniques, mais gens du cru et Mère nature semblent décidés à ce que le tournage se déroule sans heurts. Soutenu en amont par une bourse qu'il n'attendait pas, consentie par un «gouvernement pourtant très conservateur», de préciser le cinéaste, Javier Fuentes-León est tout aussi ébahi de voir son premier film choisi pour représenter le Pérou dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Contracorriente concourra également en Espagne lors de la prochaine soirée des prix Goya. Et c'est avec en poche un Prix du public décroché à Sundance, section films du monde, que cette oeuvre belle, insolite et romantique sera dévoilée au public d'ici lors de la soirée d'ouverture d'Image + nation, ce soir à l'Impérial, en présence de Javier Fuentes-León, qui ajoutera ainsi Montréal à la liste des villes visitées cette année.

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Collaborateur du Devoir