Festival Image + nation : objectif monde

Une image tirée du drame Undertow.<br />
Photo: Source Image + nation Une image tirée du drame Undertow.

Pour sa 23e édition, le festival international de cinéma LGBT de Montréal a misé sur l'ouverture au propre et au figuré en optant pour le thème «Le monde à votre portée».

Le plus ancien festival de cinéma consacré au thème «lesbien, gai, bisexuel et transgenre» (voilà pour le sigle LGBT) du Canada se déroulera à Montréal du jeudi 28 octobre au dimanche 11 novembre. Une 23e édition, donc, qui se veut particulièrement représentative de la production mondiale. Au menu, la planète, grosso modo, et des regards tour à tour graves, tendres, romantiques ou militants, parfois tout cela en même temps, selon le contexte social de chaque pays, selon que l'on peut, ou non, y vivre au grand jour une différence qui dérange encore, parfois. Voici quelques suggestions d'oeuvres valant le détour.

Du début à la fin


Le drame Undertow sera projeté lors de la soirée d'ouverture. Ce beau film péruvien relate les tourments d'un homme marié, simple pêcheur sur le point de devenir père, qui est hanté par le fantôme de son amant récemment décédé. Le cinéaste Javier Fuentes-León, qui sera présent, conjugue ouvertement des éléments de Dona Flor et ses deux maris et de Brokeback Mountain en un mélange séduisant. Primé à Sundance, ce premier long métrage a été sélectionné pour représenter le Pérou dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Pour la soirée de clôture, les programmateurs ont choisi Le Fil, sympathique coproduction entre la Tunisie et la France. De retour chez sa mère quelques mois après la mort de son père, un jeune homme ne se décide pas à lui révéler son homosexualité. Le statu quo aurait pu perdurer, n'eût été la présence d'un nouvel homme à tout faire au charme un peu rustre, et d'autant plus sexy. Mehdi Ben Attia et son coscénariste pigent allègrement dans Maurice, d'E. M. Foster, et mâtinent le drame de beaucoup d'humour. Léger, le film se laisse regarder tout seul et bénéficie immesurément de la présence de Claudia Cardinale dans le rôle agréablement nuancé de la mère.

Et aussi...


Entre ces deux productions, les oeuvres intéressantes ne manqueront pas. En vrac, signalons: The Heretics, documentaire intimiste et éclairant sur les collaboratrices de la défunte revue d'art féministe Heresies, publiée de 1977 à 1992; The Fish Child, d'Argentine, récit saphique intrigant, bien réalisé et jouissant de fortes interprétations de ses deux vedettes féminines; des États-Unis, le modeste mais poignant Handsome Harry, méditation mélancolique sur le regret et le refus de soi-même, avec une touchante composition de Jamey Sheridan, bien secondé par Karen Young, Aidan Quinn, et surtout Campbell Scott; autre distribution cinq étoiles que celle de Howl, biographie d'un jeune Allen Ginsberg, figure mythique de la contre-culture, interprété avec fougue et aplomb par James Franco.

À ne manquer sous aucun prétexte, Le Refuge, magnifique petit opus de François Ozon, ici plus Le temps qui reste que 8 femmes. Tourné avant Potiche, qui nous arrivera prochainement, ce beau cru n'a pas trouvé de distributeur chez nous, ce sera donc une occasion unique. Mettant en vedette une Isabelle Carré enceinte jusqu'aux yeux, Le Refuge relate la reconstruction psychologique d'une toxicomane isolée au bord de la mer qui reçoit la visite du frère du défunt père de son enfant à naître. Une oeuvre sensible et délicate.

Comme par le passé, Image + nation se déclinera en plusieurs volets, dont «Voix de l'avenir», qui donne la parole aux jeunes, et «Point d'entrée: les réfugiés LGBT à Montréal», qui réunit sur pellicule les expériences de réfugiés de différents pays d'Afrique, des Caraïbes, d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale; témoignages durs mais privilégiés par les principaux intéressés. On trouvera la programmation complète sur le site du festival: http://www.image-nation.org

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 24 octobre 2010 02 h 56

    Pourquoi tous ces titres en anglais pour des films en espagnol ?

    Je ne comprends pas pourquoi tant d'articles sur le cinéma donne la traduction anglaise des titres de films, alors qu'il serait tellement plus simple et éclairant d'avoir le titre dans la langue originale suivie d'une traduction française entre parenthèses. J'ai cherché sur internet pour «Undertow» et je suis tombé sur une espèce de thriller américain dans un ranch. Pourquoi ne pas avoir écrit «Contracorriente» (Contre-courant), qui sonne infiniment mieux ?

  • François Lévesque - Abonné 24 octobre 2010 10 h 07

    @ Frédéric Chiasson

    «Pourquoi ne pas avoir écrit «Contracorriente» (Contre-courant), qui sonne infiniment mieux ?»

    Bonjour Monsieur Chiasson,
    Undertow est le titre fourni par le dossier de presse. Le film étant présenté avec sous-titres anglais, une traduction de ma part aurait laisser entendre, à tort, que ceux-ci seraient en français. Il en va de même pour The Fish Child. Quant à la présence du titre en langue original, vous avez raison, cela aurait facilité la recherche des internautes. Au fait, le film de David Gordon Green sur lequel vous êtes tombé est très bien; à découvrir en club vidéo.
    Salutations,
    François Lévesque
    Collaborateur du Devoir

  • Paul Bouthillier - Abonné 24 octobre 2010 11 h 35

    Un festival destiné avant tout à un public anglophone ?

    Dans le même esprit que le commentaire précédant. Je suis sidéré encore une fois qu'un festival montréalais ne vise avant tout qu'un public anglophone.  Je m'explique. Je peux toujours comprendre que des films étrangers, par exemple espagnols, ne soient disponibles qu'avec des sous-titres anglais ou que les films tournés en anglais ne soient pas disponibles avec des sous-titres français (encore faut-il faire les efforts pour les obtenir) mais qu'on nous présente les films Français les plus intéressants avec des sous-titres anglais, je trouve cela insultant envers la vaste majorité du public francophone !!

    Désolé, je n'irai pas à ce festival, je ne m'y sens pas invité, bilingue ou pas.

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 28 octobre 2010 16 h 23

    @ François Lévesque

    Merci pour votre réponse... et le retour au titre original dans l'entrevue avec le réalisateur !

    Concernant la connotation de l'existence de sous-titres français pour une traduction française du titre, je dois vous avouer que personnellement, cela ne me serait jamais passé par l'esprit. Vaut mieux peut-être écrire clairement que les sous-titres sont anglais.

    Je trouve quand même désolant que les producteurs aient peur de donner le titre original dans un dossier de presse. Vous devez le savoir plus que moi, mais il me semble que l'on choisit le titre d'une oeuvre autant pour sa musicalité que pour sa signification. Dans le cas de «Contracorriente», c'est flagrant.

    De quoi a-t-on peur chez les producteurs de films ? Que le piment de la couleur d'une langue étrangère choque les distributeurs trop frileux ? Je divague, mais j'ai vraiment l'impression que le «monde» auquel on nous demande sans cesse de s'ouvrir est un monde de plus en plus fade, timoré, étriqué dans ses conventions (parler anglais, être cool, être mince et jeune, ne pas trop penser - c'est pas cool - écouter de la musique américaine du dernier mois...). Un «monde» qui devient paradoxalement aveugle et sourd à toutes les particularités et les saveurs du vrai monde, à lesquelles il est allergique, même si c'est ce dont se nourrissent les meilleures oeuvres. Un monde qui plait aux hommes d'affaires et aux «fashion victims» (eh oui, les expressions anglaises sont cool!) mais qui négligent tous les autres êtres humains. Bref un «monde» qui méprise le vrai monde, qui en a peur.

    Si c'est rendu que cela touche le cinéma d'auteur...