Prendre sa place

La comédienne Evelyne Rompré dans 2 fois une femme<br />
Photo: Source Funfilm La comédienne Evelyne Rompré dans 2 fois une femme

Avec 2 fois une femme, François Delisle poursuit une série non préméditée de portraits conjugués au féminin et offre un premier rôle principal au cinéma à la comédienne Evelyne Rompré.

Malgré un temps pluvieux, François Delisle (Le bonheur c'est une chanson triste, Toi) affiche un sourire radieux au moment des présentations. C'est que son plus récent film, 2 fois une femme, vient de recevoir un bel accueil au Festival du film de Chicago après un passage fructueux à celui de Pusan, en Corée du Sud, où plusieurs distributeurs étrangers en ont acquis les droits. «J'ai commencé le tournage sans savoir si j'aurais l'argent pour le finir», raconte le cinéaste alors que sa vedette, Evelyne Rompré, vient le rejoindre sur la causeuse de la salle de presse du Festival du nouveau cinéma, où 2 fois une femme est présenté quelques jours avant sa sortie en salle. «Je n'avais eu que la moitié du financement, mais je ne pouvais pas laisser tomber; ça s'inscrivait dans une démarche logique. J'étais persuadé que ce film-là portait quelque chose en lui.»

Une fois une actrice

2 fois une femme relate la fuite d'une mère et de son fils adolescent après le dernier accès de rage presque meurtrier du mari. Le départ est toutefois prémédité puisqu'un mystérieux organisme de soutien a promis à Catherine, la femme, une relocalisation dans l'anonymat. Exit la banlieue cossue, direction le bois, quelque part dans le Nord, où Catherine s'appellera dorénavant Sophie.

«François m'a offert le scénario comme un cadeau, se souvient Evelyne Rompré avec une reconnaissance palpable dans la voix. Ça m'a tout de suite plu. L'ambiance particulière... Il y a peu de dialogues, mais c'est très chargé sur le plan psychologique, sur le plan de l'atmosphère.» Un premier rôle de cinéma exigeant qui impliquait de la comédienne une grande disponibilité émotionnelle et physique. En effet, deux scènes de violence conjugale, particulièrement éprouvantes par leur naturalisme cru, ponctuent le récit. Ailleurs, des séquences plus lyriques où l'héroïne se baigne, ou se lave de son passé, dans une cascade, nue, pansent les plaies du regard éprouvé du spectateur. «Quand on s'engage dans un projet, il faut être entier, reprend la comédienne. C'est un abandon. On ne peut pas se lancer à moitié, être sur la défensive. Sinon, autant rester chez soi et se faire une pièce tout seul dans son salon!»

Vases communicants

Bien qu'il soit conscient de la portée sociale du sujet abordé, François Delisle confesse avoir initialement esquissé ce projet en réponse au film Toi, dont le tournage se poursuivait au moment d'écrire 2 fois une femme. «Toi se termine sur une mère démolie physiquement et psychologiquement devant son fils.» 2 fois une femme propose le rapport inverse en s'ouvrant sur un personnage littéralement au sol qui se relève, se «reconstruit» une vie, une identité, au propre comme au figuré. «Je voulais qu'on suive cette femme vers une certaine ouverture, une certaine lumière. J'ai pris conscience que je travaille toujours comme ça, d'ailleurs, ajoute l'auteur. Après avoir réalisé un court métrage en noir et blanc, j'en tournais un en couleur. Après un essai plus expérimental, le second était plus composé, et ainsi de suite, comme un pendule.»

Produit avec un peu moins de 500 000 $, 2 fois une femme marque le retour dans l'univers du cinéaste du motif de la mise en abyme cinématographique par le truchement d'un protagoniste muni d'une caméra. Le procédé, rappelons-le, était prépondérant dans Le bonheur c'est une chanson triste. «La caméra permet au fils de s'exprimer, résume François Delisle. Avec elle, il pose un regard aimant sur sa mère, qu'il magnifie, en quelque sorte. Le cinéma est son véritable langage et l'objet lui ayant été offert par son père, il symbolise en plus son déchirement intérieur. C'est peut-être très personnel, mais je vois là-dedans un geste de survie. Filmer des images, les monter et les présenter, c'est un peu prendre sa place dans l'univers.»

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Collaborateur du Devoir