Dans la lumière des grands

La jeune cinéaste new-yorkaise Angela Ismailos en compagnie de la «bad girl du cinéma français», Catherine Breillat.<br />
Photo: Anisma Films La jeune cinéaste new-yorkaise Angela Ismailos en compagnie de la «bad girl du cinéma français», Catherine Breillat.

La jeune cinéaste new-yorkaise Angela Ismailos n'a pas cherché à copier ses idoles cinématographiques pour tourner son premier long métrage documentaire, pratique courante chez les débutants et autres futurs petits génies. Elle a fait mieux que cela: elle est allée à leur rencontre, là où ils vivent, à Rome, à Paris, à Seattle, et bien sûr à Los Angeles.

Dans Great Directors, elle nous offre un portrait impressionniste, et forcément partial, de ceux qui ont influencé son propre parcours, celui de cinéphile bien plus que de cinéaste. La liste initiale devait sans doute être plus imposante et plus prestigieuse, car si la présence de David Lynch (Inland Empire), Ken Loach (The Wind that Shakes the Barley), Todd Haynes (I'm not There) et Agnès Varda (Les Plages d'Agnès) se justifie aisément, celle de Liliana Cavani (Portier de nuit) ou de Richard Linklater (Fast Food Nation) relève davantage du compromis honorable.

En tout, dix figures, toujours très actives ou roulant encore sur leur gloire passée (Bernardo Bertolucci commence malheureusement à glisser dans cette catégorie), confient à Angela Ismailos leurs premiers émois de spectateur, leurs débuts parfois chaotiques et quelques moments déterminants.

Et ce ne sont pas toujours les plus glorieux, Lynch et Linklater évoquant leurs échecs commerciaux (Dune pour l'un, The Newton Boys pour l'autre) et Stephen Frears (Dangerous Liaisons), sa vision paradoxale sur sa période hollywoodienne.

Ce regard sur le septième art, tourné comme un honnête reportage destiné pour la télévision, est émaillé d'anecdotes amusantes, comme le travail purement alimentaire de John Sayles (Lone Star), cinéaste indépendant qui n'a pas hésité à prêter au plus offrant ses talents de scénariste pour des productions telles Piranha ou Alligator... On a moins de surprises chez Catherine Breillat, toujours fière de son titre de «bad girl du cinéma français», dont le discours est parfois plus limpide que certains de ses films. Habituée à la controverse, la réalisatrice de 36 fillette et de Romance admet qu'elle doit sa survie de cinéaste à sa reconnaissance internationale.

Riche en extraits de films, les leurs et ceux de leurs maîtres à penser (Fellini, Bergman ou Pasolini), Great Directors se feuillette comme un superbe bouquin de table à café, suite de confidences et de réflexions livrées par des artistes qui, dans la vaste majorité, sont forcément tournés vers le passé. Il est si imposant, et parfois si audacieux, que l'on doit pardonner à la documentariste de se placer, plus souvent qu'à son tour, à l'intérieur de l'image plutôt qu'en retrait. Mais ce n'est pas ça qui fera d'elle «a great director».

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Collaborateur du Devoir

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V.o.: Cinéma du Parc