Vus au FNC

Le Festival du nouveau cinéma se termine dimanche. Le Devoir a vu quelques films au programme des derniers jours.

Tournée de Mathieu Amalric sera en salles dans deux semaines, mais on peut le voir avant au FNC. Le film, couronné du prix de la réalisation à Cannes, malgré un scénario qui parfois dérive, est un moment de truculence et apparaît comme une oeuvre très originale dans le paysage français. L'acteur-cinéaste y incarne un producteur de spectacles à la fois paumé et désireux de s'en sortir qui entraîne un groupe d'effeuilleuses américaines grasses et généreuses en tournée à travers la France. Les filles jouent leur propre rôle dans un pays qu'elles idéalisent. Elles insufflent une vie folle et une sensualité merveilleuse à cet univers burlesque et mélancolique en explosion.

-L'iconoclaste Pierre Carles, reporter-documentariste français à la Michael Moore, a pour cible favorite les médias de l'Hexagone. Son film

Pas vu pas pris, qui dénonçait en 1998 la collusion entre les vedettes du journalisme et les gens de pouvoir, avait suscité bien des émois. Dans la même lignée mais en moins explosif, Fin de concession passe encore à l'attaque, entre autres en interrogeant des ténors de TF1, la chaîne française privatisée depuis 1987, qui évite les sujets-chocs et oint la patte des puissants. Mais Pierre Carles, désormais connu par ses adversaires comme le loup blanc, se voit à son tour piégé par des interlocuteurs qui usent de charme ou de flatterie pour le désarmer. Une attaque finale par Carles et ses troupes sur un animateur télé jugé lavette verse dans le mauvais goût. Le loup Carles perd ses dents et le sait.

-Gigola de Laure Charpentier, qui adapte son propre roman, offre un étonnant rôle de composition à Lou Doillon, en garçonne de classe dans le Paris des années 1960, mac et prostituée, surtout brûlant son chagrin de la perte d'une femme aimée. Sans être un film majeur, avec ses codes trop théâtraux, Gigola recrée un Pigalle insolite où le malheur côtoie le monde de la noce. L'érotisme lesbien est quand même très soft et le film choque moins que la cinéaste ne l'aurait voulu. Il constitue une curiosité plus qu'autre chose.

-Le Japonais Takeshi Kitano, maître des films de yakuza, cette cruelle mafia nippone qu'il avait dépeinte avec brio dans Sonatine et Hana-Bi, livre dans le genre une oeuvre mineure, décevante et artificielle à travers Outrage. Au milieu d'une guerre de clans absurde et sans merci, la violence glacée est au rendez-vous, mais le film manque d'âme et de profondeur, comme un pur exercice de style qui tourne cette fois à vide.