Pâle ode au drapeau

Le film a assuré l'ouverture du dernier Festival de Toronto en recevant, telles des claques sur la patinoire, une bordée de mauvaises critiques. Conçu pure feuille d'érable, avec l'hymne canadien en ouverture, donnant la vedette à notre sport national, le hockey, et tourné à Toronto avec des apparitions éclairs de Nelly Furtado et de Walter Gretzky (le père de l'autre), entre autres, le film est une ode au drapeau. Ajoutez qu'il s'agit d'un film en chansons et en danses, une sorte de Parapluies de Cherbourg pour la romance adolescente entonnée. Là s'arrête toute comparaison avec le délicieux film de Jacques Demy.

Score: A Hockey Musical a le mérite de l'audace. Concevoir des Boys chantant: fallait y penser, mais Score... n'a pas, et loin s'en faut, les moyens de ses ambitions.

On trouve peu d'excuses à ce film amateur, servi sur un très mauvais scénario, des répliques creuses et sottes, une montagne de clichés et énormément de candeur.

Le héros, Farley Gordon (Noah Reid, pas convaincant du tout), 17 ans, promis à un brillant avenir, se découvre une passion pour le hockey, brûlant toutes les étapes en un cas lourd de génération spontanée, sans entraînement ou presque, découvert par le propriétaire d'une équipe de hockey, se révélant un champion de la glace. Il affronte la brutalité des joueurs, l'ire de ses parents, les déchirements avec sa copine d'enfance (Allie MacDonald), qu'il aime sans le reconnaître, air connu, mais ils finiront par s'avouer leur flamme, avec scène balcon à la Roméo et Juliette. Ouf!

En une proposition malencontreuse, ici se voient opposés l'univers intellectuel des parents Flower Power et l'amour du sport, inconciliables semble-t-il. Conflit aussi entre le pacifisme du héros et la brutalité des joueurs. Système binaire servi sans nuances, si ce n'est que le personnage se retrouvera aux prises avec sa conscience, se trahissant, puis réconciliant les contraires sur l'air des lampions. Chansons et chorégraphies ratent leurs cibles et ennuient. Noah Reid offre un jeu insignifiant malgré tous ses efforts. Les parents (Olivia Newton-John et Marc Jordan) sont des caricatures invraisemblables de hippies pleins de préjugés contre toute culture populiste. Idem pour les joueurs de hockey, des brutes qui se cognent dessus mais qui finiront par s'amender au contact de la jeune étoile. Ben voyons donc!

Le film s'adresse sans doute aux adolescents, mais en les prenant pour des valises, car la petite morale pacifiste «poursuis-ton-rêve-mon-gars» est assénée avec une tonne de briques dans cette histoire, qui rate tous ses punchs d'émotion avec des personnages à deux dimensions qui n'auront laissé dans le sillage de leurs patins aucune trace de vérité.

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V.o.: Sphèretech, Kirkland, Banque Scotia.