Charmant et intéressant, mais mineur

Aaron Johnson est vraiment craquant dans la peau de John Lennon. <br />
Photo: Maple Pictures Aaron Johnson est vraiment craquant dans la peau de John Lennon.

Pour les 70 ans d'un John Lennon qui ne les aura jamais, le film britannique Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood s'impose comme une jolie pièce de curiosité. On est loin du grand film. Celui-ci est tourné de façon très conventionnelle, quoique sensible, révélant habilement de grands pans de l'adolescence de l'ancien Beatle et porté surtout par une excellente distribution. Entre une tante collet monté qui élève John — rôle en or pour Kristin Scott-Thomas, terrifiante de bonnes manières et de rigidité — et la mère Julia (brûlante Anne-Marie Duff), bohème qui initie l'ado au rock'n'roll en plus d'entretenir avec lui une relation incestueuse, on s'étonne que l'apprenti musicien ne soit pas devenu fou, tant les deux fées penchées sur son destin ont des personnalités flamboyantes aux antipodes l'une de l'autre.

Au centre: Aaron Johnson, vraiment craquant dans la peau de Lennon. Ce profil d'adolescent rebelle, qui troque le thé chez la tante Mimi à l'écoute de Tchaïkovski pour les danses lascives devant le juke-box avec la maman déchaînée, est assez gratiné. D'autant plus que le jeune héros, élève indiscipliné mais doux rêveur, avec un flegme britannique qui n'exclut pas les coups de colère, traverse tous les orages, dont la mort de son oncle George, son seul complice d'enfance, avec une maturité que lui envieraient bien des vieux routiers. Comme quoi on ne construit pas des destins exceptionnels sur du sable.

Retour au Liverpool des années 50, avec les chansons d'époque, dont celles d'Elvis entonnant Love Me Tender, mais aussi Hound Dog, etc., répertoire assez convenu. Parfois le fond musical du film est plus mièvre, mais on a droit à Mother écrite et chantée par Lennon. La trajectoire du futur Beatle, des premiers accords musicaux tirés d'un harmonica, puis d'une mauvaise guitare, à la création du groupe de rock, est ici esquissée sans quête d'effets-chocs, avec une fine ironie, en chronique initiatique d'époque qui évite les pièges des allusions à l'avenir.

Un des aspects les plus drôles du film est le jeune Paul McCartney, qui semble avoir douze ans à peine mais excelle comme musicien, joué avec des airs de fausse candeur par Thomas Brodie Sangster. La scène la plus forte repose sur l'affrontement entre les deux «mères», alors qu'on découvre pourquoi Julia a abandonné jadis son garçon à Mimi.

Nowhere Boy est présenté à travers le point de vue de John; on aurait tout de même aimé en connaître davantage sur le parcours des deux femmes. En résumé, le film est charmant, mineur dans sa facture, intéressant par sa distribution et l'éclairage qu'il pose sur la future star, en révélant à la fois ses zones d'ambition et de fragilité.

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Nowhere Boy

Réalisation: Sam Taylor-Wood. Scénario: Matt Greenhalgh. Avec Aaron Johnson, Anne-Marie Duff, Kristin Scott-Thomas, David Morrissey, David Threlfall, Thomas Brodie Sangster. Image: Seamus McGarvey. Musique: Will Gregory et Alison Goldfrap. Montage: Lisa Gunning.