Entrevue - Dans l'antre de la bête

Guillaume Lemay-Thivierge, la vedette du film Le Poil de la bête, en compagnie du réalisateur Philippe Gagnon<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Guillaume Lemay-Thivierge, la vedette du film Le Poil de la bête, en compagnie du réalisateur Philippe Gagnon

Une semaine avant la sortie du film Le Poil de la bête, le réalisateur Philippe Gagnon et sa vedette, Guillaume Lemay-Thivierge, ont rencontré les médias afin de présenter leur bébé, ou plutôt leur créature.

Avec ses poutres d'allure centenaire et ses vieilles pierres, l'auberge Saint-Gabriel, sise dans le Vieux-Port de Montréal, constitue un contexte idéal pour discuter du long métrage Le Poil de la bête, dont l'action est campée dans la Nouvelle-France de 1665. Certes, le lieu n'a d'ancien que les apparences, or justement nous sommes au cinéma.

Première incursion

Le Poil de la bête raconte comment, après son évasion, un condamné à mort est amené à protéger des griffes d'un loup-garou une poignée d'habitants superstitieux et de Filles du Roy fraîchement débarquées dans le Nouveau Monde. S'il arrive sur nos écrans en 2010, le projet a vu le jour il y a déjà bien longtemps. «Stéphane Bureau et Pierre Daudelin travaillent cette histoire-là depuis douze ou treize ans. On était tous à l'INIS, alors. Des années plus tard, quand j'ai su qu'ils planchaient sérieusement sur un scénario, j'ai manifesté mon intérêt et, de leur côté, on leur avait suggéré mon nom», explique le réalisateur Philippe Gagnon (Dans une galaxie près de chez vous 2).

De mémoire, et bien que le folklore d'antan regorge de légendes lycanthropes, Le Poil de la bête est la première incursion cinématographique québécoise du côté du mythe du loup-garou. «C'est vrai, approuve Philippe Gagnon. Et il en résulte une oeuvre très québécoise, grâce au contexte.» De fait, le traitement relève presque davantage du film historique que du film d'horreur. «Je voulais quelque chose d'élégant. Pas une surenchère d'effets horrifiques ou sanglants. Les apparitions du loup-garou ont donc été soigneusement calibrées.» Une caméra subjective ici, une main griffue là et, au dernier acte seulement, la bête telle qu'en elle-même.

Et, pour l'affronter, un faux jésuite, le père Brind'amour, vagabond, brigand, don Juan enguenillé. «Jouer un personnage qui prend l'identité d'un autre en cours de route était à la base un beau défi», se souvient Guillaume Lemay-Thivierge. «Ce tournage-là m'a ramené directement dans mes souvenirs d'enfance où je jouais dans la terre, où je me cachais dans le foin...»

Le passé du comédien s'est également manifesté en la personne de Gilles Renaud, qui tient le rôle d'un seigneur hautain. Les deux acteurs n'a-vaient pas eu l'occasion de retravailler ensemble depuis La Dame en couleur, où le premier jouait un orphelin et le second, un peintre épileptique. «Avant une scène de combat, j'ai compris que j'allais me battre avec le "barbouilleux"!», se souvient Guillaume Lemay-Thivierge, heureux d'évoquer le poignant chant du cygne de Claude Jutra.

Série en vue ?

Le Poil de la bête se veut le premier volet d'une trilogie. L'écriture du second, Le Poil de la bête II — Les enfants de chienne, serait très avancée. «Je me croise les doigts, de dire Philippe Gagnon, mais c'est certain que j'aimerais que ça fonctionne. C'est toujours agréable de retrouver des gens avec qui le travail est facile. Avec Steve Asselin, le directeur photo, David Pelletier, le directeur artistique, et Francesca Chamberland, la créatrice de costumes, on s'est très tôt entendu sur un esthétisme précis en comparant nos notes, cartables, peintures et photos.» Une fois sur le plateau, chacun put véritablement oeuvrer dans un but commun.

Pour sa part, Guillaume Lemay-Thivierge remettrait volontiers le couvert, ou plutôt la soutane. «La possibilité est là, mais tant que le financement n'est pas assuré, on ne peut être sûr de rien. Si par malheur ça devait s'arrêter là, ce serait correct aussi: le film se tient. J'ai plein de projets quoiqu'il arrive, même si je serais heureux que les suites se concrétisent. Je lance ça dans l'univers. On verra bien ce qu'il en adviendra!»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • papaboss - Inscrit 26 septembre 2010 15 h 26

    Note sur l'antériorité du phénomène

    Permettez-nous de relever une légère inexactitude dans votre propos: il sied, dans le cadre de cette chronique, de signaler un précédant dans l’apparition de la figure du lycanthrope (stricto sensu) parmi la production cinématographique/vidéographique québécoise, celui de Mauvais Mal (1984, coréalisé par Robert Morin) qui traite d’une pandémie régionale de porphyrie, la métaphore virale permettant de décrire l’effritement du tissu social augmenté par les pratiques éthyliques d’une jeunesse désœuvrée.