Somptueuse réussite

Soren, un jeune hibou coulé dans le même moule que Luke Skywalker, tel qu’il apparaît dans Le Royaume de Ga’Hoole – La Légende des gardiens.<br />
Photo: Source Warner Bros Soren, un jeune hibou coulé dans le même moule que Luke Skywalker, tel qu’il apparaît dans Le Royaume de Ga’Hoole – La Légende des gardiens.

Dans le film d'animation Legend of the Guardians: The Owls of Ga'Hoole, la série de romans pour enfants Guardians of Ga'Hoole, de Kathryn Lasky, jouit d'un traitement royal. Riche quant à son contenu, simple de par la limpidité de sa présentation, l'univers des Gardiens prend vie sous des atours somptueux. L'intrigue, qui joue habilement du motif classique de l'élu rêveur mais courageux, adopte le point de vue de Soren, un jeune hibou coulé dans le même moule que Luke Skywalker.

Bercé par les légendes que lui conte son père, Soren ne voit pas combien son frère Kludd, qui dissimule sa couardise sous un masque de pragmatisme, l'envie. Quand, une nuit, ils sont enlevés par des sbires de Metalbeack, un tyran qui cherche à créer une armée de hiboux «purs», la scission fraternelle se précise. En effet, Soren réussit à s'enfuir mais Kludd choisit plutôt d'épouser la cause de Metalbeak et de sa vile compagne Nyra. Et voilà Soren lancé sur la trace des élusifs Gardiens, une race de Strigidae sages mais redoutables.

Le choix de condenser les trois premiers tomes de la série aurait pu déboucher sur un scénario compassé aux coupes abruptes. Sous l'égide de John Orloff (Band of Brothers, A Mighty Heart) et John Collee (Happy Feet), les péripéties s'enchaînent rondement après une mise en place aussi succincte qu'efficace. Les différentes influences, qui vont de Caïn et Abel à Oliver Twist en passant par les délires hitlériens, se dissolvent avec harmonie les unes dans les autres et forment un tout cohérent, dont la lecture cinématographique s'avérera aisée pour l'enfant tout en demeurant stimulante pour l'adulte.

Et si ce dernier n'éprouve qu'une inclination atténuée pour ce type de récits initiatiques célébrant l'imagination, la détermination et l'amitié, il pourra toujours se rabattre sur le brio technique éblouissant ici déployé. Qu'il s'agisse des cieux en arrière-plan ou du duvet entourant l'oeil perçant des volatiles nocturnes, le niveau de réalisme atteint est saisissant. Utilisé avec raffinement, le procédé 3D contribue à favoriser l'immersion plutôt qu'il n'attire l'attention sur lui.

Réussite exemplaire en son genre, Legend of the Guardians: The Owls of Ga'Hoole doit beaucoup à Zach Snyder. Si les très violents et très virils 300 et Watchmen, ses précédents opus, faisaient déjà un usage marqué de l'imagerie de synthèse, le jeune cinéaste prouve, par ce changement de cap habile, sa grande polyvalence. Empreinte de majesté et d'un vrai sens du merveilleux, sa réalisation rehausse davantage un matériau de base solide. Une fois n'étant pas coutume: vivement la suite.

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Collaborateur du Devoir