Un cri qui cogne !

Une scène du film À l’origine d’un cri, de Robin Aubert <br />
Photo: Source TVA Films Une scène du film À l’origine d’un cri, de Robin Aubert

Robin Aubert est un cinéaste qui étend son registre d'une fois à l'autre, impressionne ici par sa force de frappe, mais aussi par sensibilité, désormais libérée. Après Saints-Martyrs-des-Damnés, incursion villageoise à caractère fantastique, il nous avait livré le plus personnel et fort émouvant À quelle heure le train pour nulle part.

À l'origine d'un cri constitue son oeuvre la plus complexe. L'entrée en matière, poignante sans rien montrer, d'abord nébuleuse, laisse surgir de son aquarium en mots et en sons l'horreur de l'inceste. La table est mise et l'aventure commence: une quête masculine d'identité, à travers un road movie de retour aux sources et de libération (thématique de Route 132 de Louis Bélanger et des films de l'automne en général). Celle-ci se joue sur un mode trash, avec quelques passages plus longuets, mais une puissance d'exécution et de propos, alliée à une plongée en eau profonde dans la psyché masculine, ici tissée de violence.

S'aidant de souvenirs personnels et les entraînant dans les voies insolites qui hantent son cinéma, Robin Aubert crée une solide équipée sauvage, doublée d'une histoire de famille à découdre, avec rage, imprécations, alcool, coups, insultes et amour qui tâtonne dans le noir.

Après le décès de sa seconde femme, un homme (Michel Barrette) déterre la morte et part sur les routes. Les femmes, figures de sagesse, fées tutélaires, somment le fils (Patrick Hivon) et le grand-père (Jean Lapointe), enfoui dans sa maison de retraite, de prendre en chasse le fugitif. Et c'est parti. D'hôtels glauques en motels western, la relation entre ces hommes, par delà la poursuite, remonte le cours d'un passé déchiqueté à recoudre. À souligner: la prestation d'humanité de Louise Latraverse, dans la peau de la première épouse.

La langue des personnages est volontairement pauvre, celle des figures de l'enfance du cinéaste. Et avec des mots rares, en quête de leur sens, À l'origine d'un cri deviendra aussi la quête d'un discours personnel et d'une poétique inscrite dans la rédemption du jeune homme en colère.

Patrick Hivon, quoique juste dans son profil de révolte et de fragilité, pâtit de la proximité des deux monuments de charisme que sont Jean Lapointe et Michel Barrette, riches d'expérience du jeu, certes, mais aussi de parcours personnels difficiles mis à contribution. Le jeune est moins fort que ses aînés.

La mise en scène frontale, sans quête d'élégance, se nourrit d'effet-chocs: telle l'épouse morte en robe rouge, qui surgit comme un spectre pour empêcher le mari de l'oublier. Robin Aubert ne cherche pas à plaire et en irritera certains. Le film zigzague parfois hors de sa ligne, mais À l'origine d'un cri cogne et témoigne d'une vraie démarche d'authenticité.