L'Allemagne au féminin au Goethe-Institut - D'abord et avant tout cinéastes

Dans le premier film de la série, présenté ce soir à 19h, Longing, des acteurs non professionnels recréent le drame d’un serrurier, également pompier volontaire, emmuré dans ses secrets.<br />
Photo: Goethe-Institut Dans le premier film de la série, présenté ce soir à 19h, Longing, des acteurs non professionnels recréent le drame d’un serrurier, également pompier volontaire, emmuré dans ses secrets.

Ces questions en agacent quelques-unes: existe-t-il une écriture féminine? La plume, le pinceau et la caméra possèdent-ils un sexe selon celui ou celle qui l'utilisent? Devant le poids étouffant des étiquettes, une réponse définitive semble peu souhaitable.

Le Goethe-Institut propose tout de même quelques pistes avec L'Allemagne au féminin, un panorama du travail de jeunes réalisatrices, les stars montantes du cinéma allemand. Donc, pas de Doris Dörrie et encore moins de Margerethe von Trotta d'ici le 10 décembre sur l'écran de la petite salle de la rue Sherbrooke.

Comme pour mettre en pièces quelques clichés, dont celui de la femme cinéaste ne filmant que ses semblables, Valeska Grisebach observe les tourments d'un homme déchiré entre son épouse et sa maîtresse. Dans le premier film de la série, présenté ce soir à 19h, Longing — dont certains parti-pris évoquent la rudesse du cinéma de Bruno Dumont (La Vie de Jésus, L'Humanité) —, des acteurs non professionnels recréent le drame de ce serrurier, également pompier volontaire, emmuré dans ses secrets.

Même sur un ton très personnel, les propos et la démarche de Grisebach reflètent l'état d'esprit de réalisatrices qui ne forment toutefois pas un clan homogène. Nées entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, aux quatre coins de l'Allemagne mais aussi en Corée du Sud, elles ne semblent pas porter le poids de la culpabilité historique de leurs parents, celle des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. Pour des raisons diverses, et sans doute économiques, elles explorent surtout le quotidien de leurs contemporains, celui des campagnes (Full Metal Village, de Cho Sung-hyng), des banlieues anonymes (Princess, de Birgit Grosskopf) ou celles plus cossues (The Heart Is a Dark Forest, de Nicoletta Krebitz).

Si certaines d'entre elles abordent leur sujet avec gravité, d'autres jouent la carte de l'insolence, comme Maren Ade dans The Forest for the Trees, une plongée dans l'univers des enseignants d'une école secondaire, ou Vanessa Jopp avec Messy Christmas, un vaudeville sur des retrouvailles forcées d'une ribambelle d'ex-conjoints qui tournent forcément au vinaigre.

Dans ce programme qui témoigne de la place importante des femmes dans l'industrie cinématographique allemande, Helene Hegemann fait figure de marginale. Née en 1992, surnommée l'enfant prodige de la bohème berlinoise, cette artiste multidisciplinaire (qui avait déjà signé un premier roman à l'âge de 17 ans) suscite beaucoup de curiosité, entre autres pour son culot. On en aura d'ailleurs un avant-goût dans Torpedo, un regard jamais complaisant sur le monde artistique de Berlin. Avec toute l'insolence de sa jeunesse, parions qu'elle n'a que faire des regards de femmes; c'est le sien, et le sien seulement qui la préoccupe.

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Collaborateur du Devoir

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