Gérard Depardieu au FFM - Séduire sans langue de bois

Gérard Depardieu, président d’honneur et vieil habitué du FFM, enlaçant le président du festival, Serge Losique, avant la classe de maître que le grand acteur français a donnée hier au cinéma Impérial. <br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Gérard Depardieu, président d’honneur et vieil habitué du FFM, enlaçant le président du festival, Serge Losique, avant la classe de maître que le grand acteur français a donnée hier au cinéma Impérial.

Il est arrivé claudiquant à cause d'un accident de moto. Gras comme un voleur. Le vigneron a pris de la bouteille, ce qui rend son propre monument plus monumental en somme, sauf que l'acteur déboulonne la statue en question. Il joue dans La Tête en friche de Jean Becker, présenté au FFM. À la Mostra de Venise vient d'être lancé Potiche, de François Ozon, qui le met aussi en scène. Son cœur lui a joué des tours, la vie aussi. À l'écran, l'interprète français derrière plus de 150 films, bons, pas bons, ne dételle pas.

Hier, sa leçon de cinéma au chic cinéma Impérial devant public fut un dialogue avec le directeur du FFM, Serge Losique. Du moins, Gérard Depardieu s'est-il prêté au jeu avec humour et générosité, sans langue de bois aucune. «La peur du ridicule, je ne l'ai jamais eue. Ce qui nous échappe, c'est ce qu'il y a de mieux.»

Motus sur ses récents démêlés avec Juliette Binoche, qu'il a attaquée gratuitement, traitée de nulle, nourrissant la chronique potins des dernières semaines à pleins journaux et blogues. Bataille stérile et inélégante. Il ne revient pas là-dessus, tout en pestant contre les nouvelles technologies: «On va se mettre la tête sur le Web. C'est terrible. Ce sont des engins de mort. Presque de la pornographie.»

On a beau devenir monstre sacré, le petit dur d'une enfance agitée survit à la gloire. «Au départ, je n'avais pas la volonté d'être acteur, mais de prendre la parole. Mon père ne savait ni lire ni écrire. Ma vocation est venue par amour de la vie et du verbe.» La lecture de Giono lui a ouvert des horizons de jeunesse. Depuis, les grands textes et les héros littéraires ont trouvé en lui leur voix. «Mais ce qui colore les mots, c'est le vécu d'un acteur.» Il juge les plateaux de comédie trop sérieux et ceux des drames plus légers. «Je me suis amusé sur Cyrano et Danton, mais dans les films comiques, on ne rit que des malheurs des autres.»

Du défunt Alain Corneau qui le dirigea dans quatre films, dont l'admirable Tous les matins du monde, il évoque le rire exceptionnel, la douleur secrète, le professionnalisme et la simplicité. Une grande qualité, à ses yeux, cette simplicité. La prétention de plusieurs cinéastes l'ennuie.

Vraiment lancé en 1974 avec Les Valseuses, de Bertrand Blier, oeuvre symbole de la libération post-soixante-huitarde, aux côtés de son ami Patrick Dewaere, en cavale, Depardieu s'éclatait ferme. «Ça avait foutu un coup en France, ce film, évoque-t-il. Blier apportait un langage et une liberté au mouvement cinématographique.»

Les scènes de nu l'indifféraient. «Quand on est jeune, vous savez, on n'a pas d'inhibitions. C'est bander ou ne pas bander qui cause problème sur un plateau. Une érection, et vous êtes classé hardeur...»

Son grand ami Patrick Dewaere devait se suicider en 1982, et Depardieu déplore encore sa perte et le talent disparu. «Il avait été abusé dans son enfance», explique-t-il. Ses morts: Guillaume (Depardieu), Maurice (Pialat) François (Truffaut), Patrick et les autres vivent en lui.

Depardieu, qui eut pour mentors dès ses débuts au cinéma un Michel Simon bougonnant et passant son temps à reluquer les jambes des danseuses et un Jean Gabin généreux, précise n'avoir pas eu de mal par la suite à jouer avec d'autres acteurs confirmés: Montand et Piccoli par exemple dans Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet: «Toujours en batailles d'ego, ces deux-là se détestaient».

Le grand interprète français nous fit hier un numéro désopilant, bruits à l'appui, mimant une scène de La Dernière Femme de Marco Ferreri où son pénis de plastique était coupé, causant l'évanouissement de sa partenaire Ornella Muti.

Il a travaillé avec Maurice Pialat, notamment dans Sous le soleil de Satan. Ce grand cinéaste réputé invivable demeure pour lui l'immense artiste qu'il fut, insatisfait de son travail, simple, exigeant. Mais jamais gratuitement sadique. Des réalisateurs comme Giuseppe Tornatore et Francis Veber, qui font un nombre incalculable de prises, constituent à ses yeux les vrais caractériels. Pas un Pialat ou une Duras.

Cible depardienne: Jean-Luc Godard: «Le bus a roulé sur ses couilles. Il ne sait pas écrire, même si tous ses films sont empreints de littérature. C'est quelqu'un qui a bien emmerdé le cinéma tout en confortant les intellectuels dans une chose qui les rassure.» À bout de souffle et Le Mépris trouvent quand même grâce aux yeux de l'acteur.

Depardieu estime ne pouvoir influencer un cinéaste qu'autour d'une table. «Avec Chabrol, c'était impeccable. À Truffaut, je faisais les repas, mais Alain Resnais mangeait une pomme et mastiquait son fromage pendant deux heures. Il n'y a rien à dire à un gars qui mange un fromage.»

Lui qui ne sut jamais parler anglais correctement, aime jouer dans une langue qu'il ne maîtrise pas et Ridley Scott, Peter Weir, etc., l'ont mis en scène en connaissance de cause: «En doublant le film, je comprends ce que je disais. "Ah tiens! C'était ça!" J'ai même joué en russe Ivan le Terrible: de la musique pour moi.»

Le président du FFM a un peu forcé la main de Depardieu en fin de séance, annonçant qu'il l'attendait l'an prochain. Il a répondu: «Ah oui!» visiblement surpris, mais allez contrôler un an à l'avance l'horaire de ce boulimique-là.   
5 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 7 septembre 2010 10 h 06

    Pantagruéliique

    Depardieu c'est Pantagruel et Gargantua réunis en un seul homme.

  • mican - Abonné 7 septembre 2010 11 h 12

    Confronter?

    Se pourrait-il qu'on voulait plutôt écrire «confortant les intellectuels»?

  • EMILIE90 - Inscrit 7 septembre 2010 13 h 00

    J'admirais Dépardieu

    Oui, je l'admire beaucoup, mais je suis étonné de ses commentaires sur Juliette Binoche -à mon avia une superbe actrice, et sur Jean-Luc Godard -un directeur intellectuel et serieux.
    Au moins, il devrait respecter le travail de ses collègues. C'est une mauvaise manière de se faire plus connu mais, plus aimé pour son public?

    Martina

  • michel lebel - Inscrit 7 septembre 2010 13 h 46

    Il devrait se restreindre à jouer!

    Depardieu, comme la plupart des grands acteurs, n'ont rien d'intéressant à dire. Ils potinent ou disent des banalités ou conneries, lorsqu'ils se prennnent au sérieux. Depardieu ne fait pas exception à la règle. Il devrait se restreindre à ce qu'il fait(pas toujours) de mieux, soit jouer!


    Michel Lebel

  • FINZI - Inscrit 7 septembre 2010 14 h 02

    Bon

    alors j'ai vu l'excellent film "la tête en friche" le 7 juin et je me faisais une joie de le revoir avec ma mère cet été à Montréal. Grosse déception. Les grosses productions américaines étaient bien présentes sur les écrans mais aucun de ces petits bijoux francophones.
    Quelqu'un m'explique ??